Centenaire de l’armistice : mon discours à Vienne

Centenaire de l’armistice : mon discours à Vienne

« Je représente au parlement français les plus de cent mille citoyens français installés en Autriche, en Allemagne, en Pologne, en Europe Centrale et dans les Balkans.

Ma circonscription, au cœur de l’Europe, a été marquée par la Grande Guerre, dans tous ces pays : ici, en Autriche, en Hongrie, en Allemagne, en Pologne, de l’Albanie à la Roumaine en passant par la Bulgarie…

Ma participation à cette commémoration et cette cérémonie commune entre Français et Allemands est pour moi donc d’abord extrêmement émouvante, mais également symbolique : il était pour moi important que les Français de tous ces pays y soient représentés.

Comme cela a été rappelé, nous célébrons aujourd’hui un deuil, la sortie de la guerre, et nous honorons nos soldats. Je voudrais revenir en détail sur ces trois célébrations.

D’abord le deuil pour tous les soldats de toutes les guerres. Je voudrais rappeler que pour ce centenaire, mon pays, la France, a décidé de célébrer et de commémorer la totalité du conflit, depuis Sarajevo en 2014, avec plus d’un millier de cérémonies dans toutes l’Europe pendant quatre ans, en Alsace, en Allemagne et en Autriche, mais aussi en Macédoine, en Roumanie, en République Tchèque et en Slovaquie : les événements qui se sont déroulés entre 1914 et 1918, de tous les pays, ont tous été commémorés.

Je veux indiquer par-là que ce centenaire, pour la France, a plus été placé sous le signe de la commémoration de l’ensemble de la tragédie commune, d’une forme de deuil, que sous le signe d’une victoire.

L’honneur à nos soldats, ensuite. Tous nos soldats. Ces trois mots portent chacun une idée forte. D’abord ‘tous’ : les Allemands et les Français, les Autrichiens sus trois fronts, mais aussi des Serbes, des Tchèques, des Polonais, des Roumains, des Albanais, des Grecs, … Certains de la même nation se battant parfois des deux côtés du front. C’est bien TOUS nos soldats que nous honorons aujourd’hui. Ensuite ‘nos’ : j’ose le dire, et sans cela les cérémonies de ce centenaire n’auraient aucun sens en Europe, tous ces soldats morts dans une tragédie commune, peuvent être portés aujourd’hui en Europe par un honneur commun. Enfin, ce sont des ‘soldats’ :  un métier en pleine évolution, dans le monde et en Europe, mais qui doit rester le métier du courage et du dévouement à la défense et à la protection de nos sociétés, ne les oublions jamais. Comme l’a dit M. l’ambassadeur, derrière chaque croix il y a une tragédie personnelle et familiale.

Enfin la sortie de la Guerre. Cette date du 11 novembre marque plus pour moi le ‘début de la sortie de guerre’ que la fin. On s’est battu jusqu’en 1923 sur le front de l’Est, le miracle sur la Vistule a lieu en 1920, les Albanais et les Grecs sont même en conflit armé jusqu’en 1925 …

Les Français que je représente aujourd’hui, installés en Europe parfois depuis plusieurs générations, souvent binationaux, portent les contradictions de nos récits historiques divergents, parfois dans l’intimité de leur famille.

Ils sont contraints à l’Unité dans la Diversité, cette devise de l’Europe que l’on peut appliquer également au travail d’histoire et de mémoire. N’ayons pas peur d’aborder cette diversité, même parfois dans ce qu’elle a pu avoir, ou dans ce qu’elle a encore de douloureux.

Nous commémorons aujourd’hui une histoire commune, et nous honorons tous nos soldats. »

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