Enseignement français à l’étranger : un réseau à repenser

Enseignement français à l’étranger : un réseau à repenser

Ma collègue Samantha Cazebonne vient de rendre public son rapport sur le développement de l’enseignement français à l’étranger (vous pouvez le retrouver sous le lien https://docs.wixstatic.com/ugd/c3c1b9_d773739f2dbd47b69e89503492a88736.pdf)

Je salue l’énorme travail effectué et la remercie de son attention et de son ouverture aux nombreux avis et propositions que j’ai pu formuler. Il est vrai qu’à nous deux, nous avons sans doute personnellement visité plus d’une soixantaine d’établissements, rencontré une trentaine d’implantations du réseau culturel à travers le monde (Instituts et Alliances Françaises), discuté avec les ambassadeurs et leurs équipes dans plus d’une vingtaine de postes diplomatiques, entendu des centaines d’enseignants et de familles ; ceci, sans compter les quelques 20 000 réponses aux questionnaires…

Ma position tient en quatre mots : Réseau, Pilotage, Familles, et Ressources publiques. Ces quatre mots ne surprendront pas ceux qui connaissent mes travaux en tant que rapporteur budgétaire pour le programme 185 (diplomatie culturelle et d’influence, francophonie).

  • Réseau

C’est ainsi que j’ai proposé de rebaptiser le programme 185 : plutôt que ‘diplomatie culturelle et francophonie’, je pense qu’il faut parler d’une ‘présence active de Français, de francophones et de francophiles dans le monde’.

Je remercie Samantha Cazebonne d’avoir ouvert les portes et les fenêtres et d’être sortie d’un débat, un peu trop confiné à mon goût, pour s’adresser à l’ensemble des acteurs intervenant dans ce domaine qu’ils soient publics, associatifs, entrepreneurs, particuliers ; acteurs de droit français, de droit local, de droits bilatéraux ou multilatéraux ; acteurs structurés ou diffus ; acteurs présentiels ou à distance. L’énorme potentiel de ce réseau mondial transparaît enfin, et le rapport inscrit la réforme dans un cadre plus global que celui trop restreint où certains voudraient l’enfermer.

Le défi est là : notre administration n’est pas habituée à travailler en réseau, elle fonctionne encore trop souvent en silo.  Elle doit passer d’une gestion des dispositifs, parallèle, fractionnée, en « tranches », à des partenariats plus agiles autour de projets pluriels et partagés.

Par exemple, les recommandations 12, 17, 40, 118, 127, 137 à 141, de Samantha Cazebonne, vont dans le bon sens. Ni l’Etat à lui seul, ni aucune administration centrale ou agence quelconque ne pourra, à elle seule, réaliser le doublement des effectifs dans le réseau homologué, souhaité par le président de la République à l’horizon 2025. Cet objectif ne pourra être atteint que par la mobilisation de l’ensemble du réseau, dans la diversité des statuts de ses acteurs, voire dans la diversité de leurs intérêts.

  • Pilotage

Il relève de l’Etat et de l’administration de fixer un cadre clair. Ce principe n’est en rien contradictoire avec un travail en réseau, avec des partenariats de plus en plus divers et étoffés. Nos doléances relatives à l’absence de pilotage clair par le ministère, c’est-à-dire par zones géographiques, fixant des priorités (donc des engagements), sont partagées avec beaucoup d’autres membres de la commission des Affaires étrangères. Je me reconnais donc totalement dans les recommandations nombreuses de Samantha Cazebonne dans ce domaine (2 à 7, 10, 14, 19, 41 et 44, entre autres). Elles rejoignent l’un des leitmotivs de mes rapports budgétaires.

  • Familles

Aujourd’hui, comme hier, et depuis des décennies, les familles sont de loin le premier financeur et partenaire du réseau. Le manque de reconnaissance statutaire, en particulier dans les Etablissements Gérés Directement par l’Etat, est source de frustration et de déséquilibre. Il est non seulement lié à la faiblesse relative de nos administrations pour la culture du travail en réseau, mais également à des réticences parfois légitimes dues notamment à la spécificité des métiers de direction et d’enseignement, à la rigueur nécessaire du travail d’homologation, à la volonté de maintien de l’excellence pédagogique.

Les propositions de Samantha Cazebonne relatives à la place des familles me semblent équilibrées, et indispensables, dans l’esprit de cette ‘communauté éducative’ souvent invoquée (24 à 31, 69 à 72, 105 à 108, 146, entre autres). Elles semblent réalistes et facile à mettre en œuvre.

  • Ressources Publiques

Enfin, le réseau ne pourra pas se développer sans affronter les questions de rééquilibrage des importantes ressources publiques qui y sont consacrées, et d’équité devant le service public. La député présente un panorama précis, documenté et exhaustif de l’affectation des personnels et des ressources publiques, non seulement au sein de l’Agence de l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), mais également au sein de plusieurs autres opérateurs, ministères et administrations, associés de facto à l’Enseignement Français à l’Etranger. La relance du réseau aujourd’hui dépend moins de l’augmentation des moyens qui lui sont consacrés, que de la capacité des administrations à redéfinir comment travailler ensemble et avec des partenaires nouveaux et plus nombreux. Elle exige de dépasser certains égoïsmes et de surmonter une forme de résistance au changement. Samantha Cazebonne me semble poser enfin quelques équations nécessaires, et limpides (pages 55 à 70).

Ce rapport est un outil puissant pour aider à la réforme de l’Enseignement Français à l’Etranger et réussir le doublement des effectifs. Il est également un document de référence pour tous ceux qui veulent débattre et avancer sur ce sujet. En tant que rapporteur budgétaire du programme 185, je continuerai à m’engager avec force dans cette mission dont j’ai fait une priorité au cours de mon mandat.

À propos de l’auteur

Frédéric Petit - Député des français établis à l'étranger administrator

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