Droit de réponse : et si on parlait du projet retraite de France Insoumise ?

Droit de réponse : et si on parlait du projet retraite de France Insoumise ?

Changement de mot, amendements placés au mauvais endroit, demande de suppression du projet de loi des retraites, alinéa par alinéa…depuis le lundi 17 février 2020, la France Insoumise prend près de la moitié du temps de parole, et l’opposition au total en prend 80%. Dans l’Hémicycle, France Insoumise vise a contre-argumenter notre projet de réforme, sans proposer leurs propres idées, et la majorité ne dispose pas toujours d’un temps respectable pour y répondre. Et pourtant, que proposerait la France Insoumise si elle était au pouvoir ? Droit de réponse à leur contre-projet. 

Le texte du projet de LFI, extrait du fascicule « Retraites : Contre-Projet de La France Insoumise pour des jours heureux », est présenté ci-dessous, surligné en jaune.

France Insoumise : Sous couvert de simplification, le gouvernement veut imposer une grande régression à notre système de retraites. Les dernières annonces du Premier ministre sont claires : cette réforme aura pour conséquences une baisse des pensions par rapport au système actuel et un recul toujours plus important de l’âge de départ à la retraite. La vie des gens sera la variable d’ajustement.

Ces affirmations sont des slogans qu’il conviendra de prouver au cours du débat… A aucun moment, ni la loi, ni aucun représentant de la majorité, ni du gouvernement, n’a annoncé ou prévu une baisse des pensions. Tous les chiffres des projections prouvent le contraire en moyenne et en général. Il y a bien évidemment, sur le montant des pensions, des gagnants (pénibilités pour les femmes, carrières hachées, régimes multiples…) et des perdants, par exemple les personnes touchant des revenus supérieurs à 120 ke (qui seront plafonnés pour éviter les hyper-retraites qu’ils peuvent toucher aujourd’hui), ou certaines carrières stables et rectilignes ascendantes (qui seront beaucoup moins fréquentes qu’aujourd’hui), et bien évidemment les régimes spéciaux (qui seront ramenés au niveau commun en une quinzaine d’années environ – ce qui est solidaire et tend à l’universel)

La majorité des Français·e·s l’a très bien compris ! Et la communication orwellienne de la macronie n’y change rien.

La communication Orwellienne de LFI, c’est « cela n’a jamais été dit » qui signifie « nous l’avons annoncé publiquement dans les médias » (à propos de la stratégie d’obstruction à 700,000 amendements si nécessaires) …

Même sur le nombre de régimes spéciaux, le gouvernement a menti. Le chiffre de 42 ne reflète aucune réalité. Selon le ministère de la Santé et le Conseil d’orientation des retraites, il y en aurait deux fois moins.

D’une part, ce débat est surréaliste : quelle importance ? Il est vrai qu’il y a plusieurs façons de compter (régimes ‘autonomes’, ‘spéciaux’,…) ce que LFI sait bien, puisque ils estiment, eux, que chaque spécificité de carrière doit être considérée comme un régime différent.

Le rejet du projet est massif, particulièrement chez les jeunes et les actif·ve·s. Tout le monde est concerné et tout le monde sera perdant. Cela commence par le recul de l’âge de départ. Contrairement à l’information selon laquelle la réforme ne concernerait que les Français·e·s né·e·s à partir de 1975, l’instauration de l’âge pivot à 64 ans en 2027 concerne bien les Français·e·s né·e·s dès 1959.

Non, cela arriverait de toute façon à cause de la réforme Touraine. Ça n’a rien à voir avec notre réforme. Notre texte demande simplement aux partenaires sociaux, seuls patrons du système hier comme demain, de garantir à la Nation un équilibre initial en 2025, repoussé après négociations à 2027, puis tous les cinq ans, d’où la conférence de financement. Une des solutions de secours, s’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord, est effectivement, de maintenir un mécanisme prévu dans la réforme Touraine.

Quant aux grèves et manifestations, elles se révèlent chaque jour de plus grande ampleur. Les député·e·s de la France insoumise participent activement à ce mouvement qui doit aboutir au retrait du projet de retraites par points.

A mon avis, la démocratie passe plutôt par un débat de fond au parlement, que de compter ses partisans dans la rue. En plus, je ne suis pas sûr que cela augmente…

Notre refus repose sur un choix de société. Nous refusons leur logique libérale et destructrice.

Le gouvernement est englué dans sa sacro-sainte doctrine de la réduction des dépenses publiques.

Aveuglé par son libéralisme débridé, il est incapable de sortir d’une vision productiviste et consumériste de l’économie. Embourbé dans un logiciel individualiste, il introduit la logique du seul contre tous. Nous lui opposons la solidarité, le progrès humain, le partage des richesses et des temps de la vie. Transformer l’accès à la retraite en tombola hasardeuse n’est pas une fatalité.

Ces slogans font un peu sourire les centristes, de tradition plutôt sociale (nous avons voté contre la disparition de l’ISF, pour les quotients familiaux…). Et nous prétendons depuis plus de dix ans que l’augmentation de l’assiette de cotisations retraite (tendre vers « l’universalité »), associée à une meilleure interopérabilité et visibilité (système à points), sera la garantie d’un système à la fois plus stable et plus juste.

Encore faut-il empêcher les vautours de la finance, comme le fond de pension états-unien Blackrock, de dicter à l’État le chemin vers la retraite par capitalisation.

La capitalisation existe en France, ce n’est pas un gros mot, et c’est un marché de plusieurs dizaines de milliers de milliards… et le fond Blackrock n’est pas aujourd’hui implanté sur ce marché en France (En plus, il gère 5,000 milliards, et nous sommes accusés de lui faciliter la captation de … 4 milliards !).

Notre projet ramène dans le régime général une cotisation systématique sur tous les revenus jusqu’à 120 keuros par an, alors qu’il ne reçoit aujourd’hui qu’un peu plus de 20% des revenus jusqu’à 40 keuros par an.

Par exemple :

Pierre a 120 Keuros de revenus annuels. Dans le système actuel, il cotise au régime général environ 6 Keuros, et à sa complémentaire cadre (qui ne peut être utilisée pour financer les pensions des non cadres) environ 22 Keuros. Dans le nouveau système, il cotisera environ 34 Keuros pour le régime général (qui servira à tous). 

Sarah a 180 Keuros de revenus annuels. Dans le système actuel, elle cotise au régime général environ 6 Keuros (comme Pierre), et environ à sa complémentaire cadre (qui ne peut être utilisée pour financer les pensions des non cadres) environ 32 Keuros. Dans le nouveau système, elle cotisera environ 34 Keuros (comme Pierre) pour le régime général, et environ 2 Keuros additionnels sans s’ouvrir de droits supplémentaires. C’est-à-dire que Pierre et Sarah auront la même retraite (celle de Sarah étant plafonnée), alors que dans le système actuel Sarah aurait une retraite proportionnellement supérieure à celle de Pierre. C’est en ce sens que, malgré la baisse éventuelle et apparente des cotisations de Sarah (de 38 Keuros à 36 Keuros), le système s’équilibrera à terme. Il faut gérer la période de transition ou il y aura un décalage, car nous continuerons à payer les pensions des hauts salaires de l’ancien système, sans recevoir une fraction des cotisations des très hauts salaires du nouveau. Un lissage est donc prévu pour solder ce gap, d’un maximum de 3 à 4 milliards par an (1% du montant total du système), soit par des mesures de mise en place progressive, soit par des mesure d’étalement dans le temps.

Nous assumons que travailler moins longtemps et assurer le niveau de vie des retraité·e·s est un objectif politique aussi nécessaire que possible.

C’est une affirmation courageuse, que je suis impatient de voir détaillée et prouvée dans le projet ci-dessous.

Notre système de Sécurité sociale a permis à la France d’être l’exception où nos aîné·e·s n’ont plus à travailler et sont sortis de la misère. Face à l’offensive macroniste, nous voulons reprendre le flambeau des fondateurs de la Sécurité sociale.

Malheureusement, les fondateurs étaient favorables à un système universel, qu’ils n’ont pas réussi à mettre complètement en place à cause (déjà !) de systèmes spéciaux et de systèmes qui souhaitaient rester autonomes. Et le projet n’est pas tombé du ciel en 2017, il n’a pas été inventé par M. Macron, il est prôné depuis les années 80 par de nombreuses organisations de gauche, et depuis une quinzaine d’années par le Modem et les centristes en général.

C’est pourquoi nous avons élaboré ce projet ambitieux.

Le départ dès 60 ans,

Ce que nous avons connu de 81 à 93. Et toutes les majorités qui se sont succédées depuis ne sont jamais revenues à ce niveau de retraite. Vous prétendez que c’est finançable, je suis impatient de le voir, mais en tout cas, je ne suis pas sûr que cela soit souhaitable. Nous pensons qu’il faut repenser la fin de carrière, pour que le passage de l’activité à 100%, vers la retraite à 100% soit plus adaptable au choix de chacun.

Aucune retraite inférieure au seuil de pauvreté et inférieure au SMIC pour une carrière complète,

C’est déjà le cas en France, où le seuil de pauvreté est de 867 euros, alors que le minimum vieillesse est de 907 euros. Et dans notre projet, nous introduisons un minimum retraite pour les gens qui ont travaillé une carrière complète (516 mois à 50 heures au moins, payées au moins au SMIC), à 1000 euros, et 85% du SMIC. Nous pensons qu’il est bon de maintenir un avantage au travail sur l’inactivité.

Une extension de la reconnaissance de la pénibilité, l’intégration des trimestres au RSA dans le calcul de la retraite, ou encore la suppression de la double peine de la décote, sont autant de droits que nous défendons avec des solutions de financement.

Je suis impatient de prendre connaissance des solutions de financement dans le projet ci-dessous.

Notre contribution est un pied de nez au “There Is No Alternative” importé de l’Angleterre de Thatcher. Elle vient en appui de la lutte sociale. Elle est une contribution pour ouvrir l’espoir. Le gouvernement doit retirer son projet !

Il ne correspond en rien au modèle social français. Dans les pays où il a été appliqué, c’est un fiasco. Un autre chemin est possible. Non, travailler plus longtemps n’est pas l’unique solution pour préserver notre système de retraites par répartition. Nous en donnons la preuve.

Effectivement, il y a trois solutions pour suivre la démographie : travailler plus longtemps, baisser les pensions, ou augmenter les cotisations. Il me semble que votre choix est d’augmenter les cotisations, puisque vous revendiquez de baisser l’âge de départ à 60 ans (nous partons en moyenne à près de 64 ans aujourd’hui sans décote), et vous ne souhaitez pas non plus baisser les pensions. Je suis donc impatient de prendre connaissance des solutions de financement dans le projet ci-dessous.

Comment LFI résume notre projet :

Âge légal de 62 ans inopérant car décote jusqu’à un âge dit « d’équilibre ».

C’est déjà le cas aujourd’hui, puisqu’il faut cotiser 43 ans. Donc pour partir vraiment à l’âge légal, il faut commencer avant 19 ans, et avoir une carrière ininterrompue… ce n’est pas le cas général, reconnaissons-le !

Mise en place d’un âge pivot – modifiable – par l’instauration d’une décote si l’on part plus tôt (64 ans pour toute personne qui prend sa retraite dès 2027, puis toujours plus tard par la suite).

Ce qui correspond à la situation réelle d’aujourd’hui. Il n’y a rien là du bouleversement que LFI présente ; nous réduisons surtout l’âge de la fin de décote, aujourd’hui à 67 ans, et qui repasse à 64 ans.

Reconnaissance de la pénibilité permettant de partir éventuellement à taux plein à 62 ans.

C’est dans notre projet, mais ce sont les partenaires sociaux qui fixent ce genre de chose : c’est la démocratie sociale, et ce n’est pas le gouvernement ni le parlement qui, à notre avis, doit prendre la main dans ce domaine.

Rupture historique : plafonnement de la part des retraites à 14% du PIB.

Non, c’est faux. La part du PIB réservée aux retraites et son évolution sont des constatations et des prévisions statistiques, mais en aucun cas des éléments normatifs. Il n’y a aucun article dans notre projet qui crée ce « plafonnement », soi-disant « historique ». Il est simplement indiqué, dans l’étude d’impact, et comme cela est normal, que notre réforme devrait produire un taux de coût des retraites sur PIB de 12,9% à l’horizon des prévisions, au lieu de 13% si nous laissions le système actuel. La seule chose indiquée dans la loi est le retour à l’équilibre pour 2027 (à défaut l’application des mécanismes Touraine), et un équilibre garanti par les partenaires sociaux gestionnaires par périodes de cinq ans.

Incitation à la capitalisation des hauts revenus.

Faux. Comme indiqué dans mes exemples ci-dessus, nous ramenons dans le régime général 97% des rémunérations. La capitalisation existe depuis longtemps en France, y compris pour la retraite de certains fonctionnaires, ce n’est pas un gros mot, et c’est un marché de plusieurs dizaines de milliers de milliards… et le fond Blackrock n’est pas aujourd’hui implanté sur ce marché en France (En plus, il gère 5,000 milliards, et nous sommes accusés de lui faciliter la captation de … 4 milliards!).

Notre projet ramène dans le régime général une cotisation systématique sur tous les revenus jusqu’à 120 keuros par an, alors qu’il ne reçoit aujourd’hui qu’un peu plus de 20% des revenus jusqu’à 40 keuros par an.

Par exemple :

Pierre a 120 Keuros de revenus annuels. Dans le système actuel, il cotise au régime général environ 6 Keuros, et à sa complémentaire cadre (qui ne peut être utilisée pour financer les pensions des non cadres) environ 22 Keuros. Dans le nouveau système, il cotisera environ 34 Keuros pour le régime général. 

Sarah a 180 Keuros de revenus annuels. Dans le système actuel, elle cotise au régime général environ 6 Keuros (comme Pierre), et environ à sa complémentaire cadre (qui ne peut être utilisée pour financer les pensions des non cadres) environ 32 Keuros. Dans le nouveau système, elle cotisera environ 34 Keuros (comme Pierre) pour le régime général, et environ 2 Keuros additionnels sans s’ouvrir de droits supplémentaires. C’est-à-dire que Pierre et Sarah auront la même retraite (celle de Sarah étant plaffonnée), alors que dans le système actuel Sarah aurait une retraite proportionnellement supérieure à celle de Pierre. C’est en ce sens que, malgré la baisse éventuelle et apparente des cotisations de Sarah (de 38 Keuros à 36 Keuros), le système s’équilibrera à terme. Il faut gérer la période de transition ou il y aura un décalage, car nous continuerons à payer les pensions des hauts salaires de l’ancien systèmes, sans recevoir une fraction des cotisations des très hauts salaires du nouveau. Un lissage est donc prévu pour solder ce gap, d’un maximum de 3 à 4 milliards par an, soit par des mesures de mise en place progressive, soit par des mesure d’étalement dans le temps.

Comment LFI se démarque de ces points résumés :

Âge légal à 60 ans à taux plein pour une carrière complète.

Que veut dire âge légal, s’il faut une carrière complète dans la même phrase ? LFI n’est pas très clair…

Annuités ramenées à 40 ans.

Donc 65 ans quand on commence à travailler à 25 ans ???

Reconnaissance de la pénibilité étendue, selon des critères établis par les syndicats.

Chaque trimestre dans un métier pénible donnera des droits à partir plus tôt, sans limitation.

Quel est le rôle de la loi, si les critères sont (logiquement) établis par les partenaires sociaux ??

Part des richesses consacrée aux retraites permettant de partir dès 60 ans avec un niveau de vie assuré et prévisible.

Donc le niveau de cotisation est fixé par la loi, et plus par les partenaires sociaux ?? Impatient de voir comment cela est prévu dans le projet…

Consolidation du système par répartition basé sur la solidarité entre générations.

Pourquoi avez-vous voté contre ce principe au parlement ???


Introduction

À partir de 1945, dans une France ruinée et détruite, le ministre Ambroise Croizat invente la Sécurité sociale pour toutes et tous. Son projet initial est simple : protéger la population contre les risques de la vie, en mettant en partage une caisse commune, financée et gérée par les travailleurs et les employeurs. Chacune, chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins et ses mérites passés (la pensions est basée sur une proportion des cotisations). Dans ce projet, les retraites jouent un rôle essentiel, car elles protègent celles et ceux qui ont déjà contribué à l’effort collectif pendant des décennies.

Elles permettent d’envisager une autre étape de la vie, après la formation initiale et l’emploi, durant laquelle on peut se consacrer aux autres, par des engagements familiaux ou associatifs.

C’est une réussite. Alors que la majorité des seniors vivaient dans la misère en 1950, le système français de retraite par répartition a réduit drastiquement le nombre de retraités pauvres. Entre 1970 à aujourd’hui, il·elle·s sont passé·e·s de 30% à 10%. C’est toujours trop, mais la France est l’un des pays du monde avec le plus faible taux de pauvreté chez les retraité·e·s.

Pour cela, la part de la richesse nationale distribuée aux retraité·e·s a régulièrement augmenté, à mesure que le nombre de retraité·e·s dans la population s’est accru. Sans difficulté, puisque la productivité progresse : un·e travailleur·se français·e produit en moyenne 3 fois plus aujourd’hui qu’il y a 50 ans. On peut financer plus de retraites avec autant de travailleurs.

Effectivement, il y a aujourd’hui 1,7 actif pour un pensionné, alors qu’il y en avait 4 à la sortie de la guerre.

L’enjeu est de savoir où placer le curseur. Depuis trente ans, la part du PIB consacrée aux retraites a doublé, passant de 7% à 14%. Rien n’empêche de continuer à consolider ainsi le système, en ajoutant quelques points de PIB.

Mais il faut expliquer comment et qui le décide, puisque ce sont les partenaires sociaux qui gèrent le système, comme rappelé justement ci-dessus. A mon avis, le pouvoir exécutif et parlementaire ne peut qu’encadrer le dispositif, comme cela a été fait depuis le début, et ne peut pas fixer arbitrairement et imposer aux partenaires sociaux le pourcentage du PIB à distribuer… Et je ne vois pas a priori comment vous organisez cela, mais je vais sans doute le découvrir dans la suite de votre projet, dans une éventuelle partie normative, qui permettra d’atteindre d’autorité ce pourcentage et de ‘rajouter’ ces deux points de PIB.

D’autant plus que les retraité·e·s représentent déjà plus de 20% de la population.

Ils reçoivent donc moins que leur proportion dans le pays.

J’espère que la suite du projet précisera cette remarque. Est-ce que vous prévoyez que les pensionnés doivent recevoir autant que les actifs, qui produisent la richesse ? Ce serait effectivement une énorme rupture. Je ne suis pas sûr que tous les mouvements de la gauche historique vous suivraient sur cette voie…

Jusqu’en 1986, les gouvernements successifs ont tenté d’améliorer le niveau des retraites et d’avancer l’âge de départ, afin de redistribuer les fruits du progrès technique et de l’enrichissement de quelques-uns. Mais depuis, leurs successeurs néolibéraux n’ont de cesse de détricoter le système de retraite. Pourquoi ? Afin de financer les cadeaux fiscaux aux actionnaires ou aux fonds de pension. Tou·te·s les retraité·e·s pauvres peuvent remercier Balladur, dont la réforme de 1993 a diminué le salaire à partir duquel est calculée la pension (les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures années) et a indexé les salaires pris en compte dans le calcul de la retraite sur les prix (qui progressent moins vite que les salaires). Ils auront aussi une pensée pour Raffarin, qui a ajouté deux ans et demi de cotisation pour les fonctionnaires avant d’avoir le droit à leur pension. Puis pour Sarkozy, qui a appliqué la même réforme aux régimes spécifiques du service public ou aux professions régulées, comme les clercs de notaire. Ou pour Woerth, qui a repoussé l’âge légal de départ en retraite de 60 à 62 ans. Avant que Touraine n’allonge encore les durées de cotisation, d’un trimestre tous les trois ans. La pauvreté des retraité·e·s est un choix politique.

Effectivement, mais j’attends avec impatience votre manière de financer votre retour à la retraite à 60 ans et 40 annuités.

Notre système de retraites distribue plus de 300 milliards d’euros. Certains groupes financiers, comme Blackrock, tentent de mettre la main sur ce pactole.

Cette société ne propose pas de produits de capitalisation en France, il n’a pas de bureau de gestion d’actifs ; il cherche en Europe à faire fructifier l’épargne de ses clients américains. Et il gère 5,000 milliards, je ne sais pas si les 4 milliards que l’on nous accuse de vouloir lui ‘donner’ l’intéresse vraiment. Et je rappelle mon exemple ci-dessus pour réexpliquer que nous renforçons la répartition et la redistribution : nous ramenons dans le régime général obligatoire 97% des rémunérations. La capitalisation existe depuis longtemps en France, y compris pour la retraite de certains fonctionnaires, ce n’est pas un gros mot, et c’est un marché de plusieurs dizaines de milliers de milliards… et le fond Blackrock n’est pas aujourd’hui implanté sur ce marché en France (En plus, il gère 5,000 milliards, et nous sommes accusés de lui faciliter la captation de … 4 milliards !).

Notre projet ramène dans le régime général une cotisation systématique sur tous les revenus jusqu’à 120 keuros par an, alors qu’il ne reçoit aujourd’hui qu’un peu plus de 20% des revenus jusqu’à 40 keuros par an.

Par exemple :

Pierre a 120 Keuros de revenus annuels. Dans le système actuel, il cotise au régime général environ 6 Keuros, et à sa complémentaire cadre (qui ne peut être utilisée pour financer les pensions des non cadres) environ 22 Keuros. Dans le nouveau système, il cotisera environ 34 Keuros pour le régime général. 

Sarah a 180 Keuros de revenus annuels. Dans le système actuel, elle cotise au régime général environ 6 Keuros (comme Pierre), et environ à sa complémentaire cadre (qui ne peut être utilisée pour financer les pensions des non cadres) environ 32 Keuros. Dans le nouveau système, elle cotisera environ 34 Keuros (comme Pierre) pour le régime général, et environ 2 Keuros additionnels sans s’ouvrir de droits supplémentaires. C’est-à-dire que Pierre et Sarah auront la même retraite (celle de Sarah étant plaffonnée), alors que dans le système actuel Sarah aurait une retraite proportionnellement supérieure à celle de Pierre. C’est en ce sens que, malgré la baisse éventuelle et apparente des cotisations de Sarah (de 38 Keuros à 36 Keuros), le système s’équilibrera à terme. Il faut gérer la période de transition ou il y aura un décalage, car nous continuerons à payer les pensions des hauts salaires de l’ancien système, sans recevoir une fraction des cotisations des très hauts salaires du nouveau. Un lissage est donc prévu pour solder ce gap, d’un maximum de 3 à 4 milliards par an, soit par des mesures de mise en place progressive, soit par des mesure d’étalement dans le temps.

Certain·e·s expert·e·s aux ordres, dans les médias, tentent d’affoler la population.

Je crois que LFI s’exprime largement dans les médias, et ne cherchent pas forcément à rassurer la population, ni à débattre dans le calme républicain…

Certains médiacrates, mauvais connaisseurs du sujet, avalisent la propagande du gouvernement. Ce dernier, quant à lui, entend casser toute solidarité et organiser une société du chacun pour soi.

J’aimerais connaître quel article de notre projet est visé dans cette phrase. Comme indiqué ci-dessus, nous ramenons les plus riches dans le régime général obligatoire, nous couvrons sous le régime général obligatoire par répartition 99% des personnes et 97% des rémunérations, ce qui est  beaucoup plus qu’aujourd’hui.

Notre projet montre qu’il est possible de consolider notre système par répartition, d’abaisser l’âge de départ à la retraite et d’améliorer les pensions des plus précaires.

Je suis impatient de lire cette démonstration dans le projet ci-dessous.

Derrière l’emballage de la création d’un régime unique,(non, d’un système universel, nous n’avons jamais parlé d’un régime unique…) le projet du gouvernement est une rupture historique. Jusqu’à présent, à mesure que la part des seniors dans la population française montait, on augmentait la part des richesses produites consacrée aux retraites. Ici, l’objectif est de contenir les dépenses. C’est un système dit « à cotisations définies ». La variable d’ajustement sera le niveau des pensions ou l’âge de départ par l’instauration d’un « âge pivot » (ou âge d’équilibre, voir le glossaire). Le gouvernement prétend « sauver » le système par répartition mais le réduit en fait à un filet de sécurité minimal et indigent qui encourage à la capitalisation et au chacun pour soi.

J’aimerais connaître quel article de notre projet est visé dans cette phrase. Comme indiqué ci-dessus, nous ramenons les plus riches dans le régime général, nous couvrons sous le régime obligatoire par répartition 99% des personnes et 97% des rémunérations, ce qui est beaucoup plus qu’aujourd’hui.

LA RUPTURE : PLAFONNER LA PART DES RICHESSES CONSACRÉE AUX RETRAITES

Le gouvernement a confirmé qu’il considérait la part actuelle des richesses consacrée aux retraites (14% du PIB) comme un plafond.

C’est faux. Ce plafonnement n’est pas dans la loi. Tous les partenaires sociaux reconnaissent l’importance de l’équilibre entre cotisations des actifs et versements aux pensionnés pour assurer la solidité du système par répartition, comme LFI, d’ailleurs, dont j’attends les explications sur le financement dans le projet ci-dessous.

Il fait donc du maintien du niveau de dépenses un objectif central. Les projections démographiques indiquent pourtant que la part des seniors dans la population va continuer à augmenter. La part des richesses à se partager restera la même.

Autrement dit, alors qu’il y aura de plus en plus de personnes à table, le gâteau restera le même.

Comparativement au système actuel, il faudra se partager à toujours plus le même gâteau !

Non, c’est faux. Les perspectives chiffrées tablent sur une augmentation du PIB qui fait plus que doubler quand le nombre de pensionnés n’augmentent que de 50% environ. Donc le gâteau augmente environ quatre fois plus que le nombre de personnes à table.

Tout le monde y perdra.

Toujours plus nombreux à partager le même gâteau !

Non, le gâteau augmente environ quatre fois plus que le nombre de personnes à table.

Il sera donc nécessaire d’adapter la « part » distribuée à chacun et c’est précisément ce que permet le pilotage d’un système par points : à âge égal, comparativement au système actuel, les pensions vont diminuer et il faudra travailler toujours plus longtemps.

Le gouvernement prétend que si le PIB augmente, la part actuelle consacrée aux retraites permettra d’absorber les futur·e·s retraité·e·s. Il est pourtant clair que si la part des seniors dans la population augmente, sans que la part du PIB consacrée aux retraites ne suive la trajectoire, il ne sera pas possible de maintenir le niveau de vie des seniors. La véritable garantie, c’est le taux de remplacement (le pourcentage du dernier salaire que l’on conserve à la retraite). Il est impossible de garantir le niveau de vie avec ce système sans avouer qu’il faudra travailler toujours plus longtemps.

J’avoue que je ne comprends pas ce paragraphe. Je suis impatient de voir comment votre projet ci-dessous va garantir à la fois le niveau de vie et l’âge de départ à 60 ans pour tout le monde.

LE SYSTÈME PAR POINTS : UN PILOTAGE ARBITRAIRE

Pourquoi mettre en place un système par points ? Pour en faire un outil de pilotage automatique des pensions.

Non, c’est faux. Le point est piloté par les partenaires sociaux. J’attends toujours les explications dans le projet ci-dessous sur votre proposition, mais j’ai déjà entendu cette accusation de pilotage « automatique » du point, qui est contredite par notre projet de loi. Le titre 4 sur la gouvernance renforce la gestion par les partenaires sociaux que vous rappeliez ci-dessus : ce sont eux qui fixeront la valeur du point (achat et service), et non le gouvernement ou le parlement, ni une machine ; et nous leur demandons uniquement d’assurer un équilibre par période de cinq ans.

Conjugué à l’objectif de contenir la part des richesses consacrée aux retraites, le système par points permet de « calibrer » la part distribuée à chacun·e en fonction du nombre de personnes à servir. Si l’espérance de vie d’une génération augmente, le système par points permet de réduire cette part en baissant le niveau des pensions, par exemple par la décote jusqu’à l’atteinte d’un « âge pivot ».

C’est la fonction qui est remplie aujourd’hui par les 43 ans, et qui l’est donc de façon beaucoup plus injuste et imprévisible. Je suis impatient de voir dans le projet ci-dessous comment vous aller garantir un certain niveau d’équilibre sans baisser les pensions, et en abaissant l’âge à 60 ans.

Le gouvernement affirme que chaque euro cotisé vaudra, pour tout le monde, un même nombre de points, mais on ignore complètement ce que vaudra un point lors du versement de la pension !

Non, c’est faux. Le point sera fixé définitivement à la prise d’effet de la réforme, mais nous définissons très clairement à l’article 8 et 9 de notre projet de loi comment cette valeur du point sera fixée.

C’est une retraite tombola dont on connaît le prix d’achat mais pas le lot obtenu ! La règle d’or, qui voudrait que la valeur du point ne baisse pas, n’apporte aucune garantie sur le maintien du niveau de vie : ce que le gouvernement garantit par la valeur du point, il peut le reprendre par le décalage de l’âge pivot ou en changeant la loi !

Non, c’est faux, il s’agit d’une loi organique, beaucoup plus difficile à changer. Et, je rappelle que ce sont les partenaires sociaux qui seront les seuls gestionnaires et décideurs pour assurer l’équilibre du système par période de cinq ans. Ce ne sera ni le gouvernement, ni le parlement. Et c’est, comme vous le rappelez ci-dessus, l’un des principes fondamentaux du système mis en place à l’après-guerre.

On sait par exemple que l’espérance de vie d’une génération conditionnera la valeur du point. Pour le dire crûment, si vous ne voulez pas travailler plus longtemps pour atteindre un certain niveau de pension, vous aurez intérêt à ce que l’on meure plus vite au sein de votre génération !

Là, vous exagérez. Ce que vous écrivez n’est pas digne. C’est de la mathématique inhumaine surprenante de la part de votre parti. C’est un peu irresponsable.

Et j’attends toujours votre proposition d’équilibre dans le projet ci-dessous.

TRAVAILLER PLUS LONGTEMPS : LA MAUVAISE IDÉE

Le gouvernement affirme ne pas toucher à l’âge légal de départ, maintenu à 62 ans. Mais il le dissout concrètement. Il « incite » les Français·e·s à travailler plus longtemps par l’instauration de l’âge pivot. Vous pourrez toujours partir en retraite à l’âge légal de 62 ans mais avec une décote (voir le glossaire) d’autant plus importante que vous serez éloigné·e de l’âge pivot.

Vous y revenez, c’est déjà le cas aujourd’hui avec les 43 annuités. Très peu de personnes partent à l’âge légal à taux plein. On part à temps plein aujourd’hui à près de 64 ans, et on part sans décote à 67 ans (où c’est d’ailleurs 80% de femmes que l’on retrouve dans cette situation).

Cela commence à 64 ans pour les départs en retraite dès 2027 mais il se décalera toujours davantage à mesure que l’espérance de vie ou que la part des seniors dans la population augmenteront. À titre d’exemple, l’âge d’équilibre indiqué dans le rapport Delevoye pour la génération née en 1990 est de 66,5 ans.

Cet âge « indiqué » justement, est basé sur les hypothèses démographiques et économiques que le rapport Delevoye avait retenues. Dans notre loi, bien entendu, on confie la décision aux partenaires sociaux, décision dont ils seront pleinement responsables en 2056, 36 ans après la réforme. J’attends avec impatience comment votre projet ci-dessous garantit un équilibre à long terme en fonction des hypothèses démographiques et économiques sur lesquels il s’appuie.

Lors des annonces d’Edouard Philippe le 11 décembre 2019, il a beaucoup été répété que la réforme ne concernait que les Français·e·s né·e·s à partir de 1975. C’est faux ! En disant que celles et ceux qui partiraient à la retraite à partir de 2027 connaîtraient un âge d’équilibre à 64 ans, Edouard Philippe embarque dans sa réforme la génération 1959.

Non, ça c’est la réforme Touraine, qui s’appliquerait de toute façon. Notre projet de loi retient les mesures d’équilibre prévues dans la loi Touraine au cas où les partenaires sociaux réunis dans la conférence de financement ne proposait pas en temps utile d’autres mesures. Et je répète qu’aujourd’hui, les départs à taux plein ont déjà lieu à environ 64 ans.

UNE MESURE INÉGALITAIRE

Le choix offert par le gouvernement se résume donc en peu de mots : travailler toujours plus longtemps ou avoir une mauvaise pension.

Non, cet état de fait est vrai quel que soit le système : plus on part tôt, moins la pension est haute ; c’est une tautologie en matière de retraites.

L’idée selon laquelle le régime universel qui fait partir tout le monde de la même ligne de départ pour cumuler des points dans sa besace serait « plus juste » et égalitaire est absurde et ne tient aucun compte des écarts d’espérance de vie : 6 ans entre un cadre et un ouvrier, 13 ans entre les 5% les plus riches et les 5% les plus pauvres. Les plus pauvres travailleront et cotiseront donc plus longtemps en proportion de leur espérance de vie pour moins profiter de la retraite. L’espérance de vie en bonne santé est de 63 ans. La réforme de Macron offre donc pour seule perspective de travailler au-delà de l’espérance de vie en bonne santé.

Je ne comprends pas ce que vous sous-entendez derrière ces remarques. Prévoyez-vous dans votre projet ci-dessous de fixer les cotisations en fonction de l’espérance de vie ? Cela serait à mon avis une logique purement assurancielle et en profonde contradiction avec le principe de répartition… Notre projet prévoit des départs anticipés, sans décote, pour les carrières longues et les métiers pénibles.

Régulièrement, on entend les défenseurs de la réforme par points expliquer que « parce que l’on vit plus longtemps, il faut travailler plus longtemps », sans tenir compte du fait que c’est notamment à mesure que le temps de travail dans la vie a reculé que l’espérance de vie a augmenté. Surtout, ils ne tiennent pas compte de la hausse de la productivité ni de la question centrale de la répartition des richesses produites. Travailler plus longtemps dans un contexte de pénurie d’emplois pérennes, c’est aggraver le chômage.

Donc j’attends que vous présentiez dans votre projet ci-dessous vos hypothèses précises, et comment vous prévoyez le bouclage des relations entre les paramètres suivants :

  • évolution de la richesse produite et à partager (quelle croissance durable ?),
  • niveau de chômage (ou taux d’activité),
  • évolution de la productivité,
  • évolution du nombre d’actifs et de pensionnés, et montant des pensions ;

et je suis de plus en plus impatient de lire dans le projet ci-dessous vos propositions réaliser un certain niveau d’équilibre du système, tout en baissant l’âge de départ à 60 ans, et en augmentant les pensions.

Aujourd’hui, 40% des 50-62 ans sont au chômage : les personnes de plus de 50 ans qui perdent leur emploi connaissent d’importantes difficultés pour en retrouver un. Parmi les plus de 60 ans, 360 000 personnes sont au chômage.

Autant de personnes qui devraient pouvoir partir en retraite.

Notre projet présente une réflexion et des mesures sur la fin de carrière, l’organisation de la transmission des savoirs, le temps partiel choisi, le cumul emploi-retraite…

Sous prétexte d’économies réalisées dans les caisses de retraites, ce sont les caisses de l’assurance-chômage et des minimas sociaux qui seront sollicitées.

C’est surprenant, vous venez de proposer de faire partir à la retraite des gens qui, aujourd’hui, sont indemnisés par l’assurance-chômage : donc de faire passer une charge de l’assurance chômage aux caisses de retraites, pour nous en faire le procès d’intention dans la phrase suivante.

Mais surtout, dans un contexte d’urgence climatique, il est temps de repenser la place du travail dans nos sociétés et de s’interroger : à quoi bon travailler plus longtemps que le temps nécessaire à produire ce dont nous avons réellement besoin ?

Donc les pensions vont forcément baisser ? Sinon je suis encore plus impatient pour découvrir, dans votre projet ci-dessous, comment vous proposer de partir plus tôt, avec des pensions plus élevées, et en produisant moins.

UNE RÉFORME PROFONDÉMENT ANTIÉCOLOGIQUE

Le système par points mime la capitalisation qu’il encourage en individualisant tout le système des retraites.

Je ne comprends pas cette phrase. Que veut dire ‘mimer’ un système ? Le système n’est ni plus ni moins ‘individuel’ qu’aujourd’hui, il est plus universel puisque le régime général obligatoire est étendu à 97% des revenus.

Il revient sur la logique de solidarité et d’entraide qui est essentielle dans un contexte d’urgence écologique, et démontre ainsi l’étendue de cet impensé dans les rangs du gouvernement. En effet, c’est un système dans lequel il n’y a pas de mesures correctives pour lutter contre les inégalités et qui organise la sécession des riches vers la capitalisation.

Ne plus payer les hyperpensions des gens percevant des revenus supérieurs à 120 keuros, mettre en place un minimum retraite à 1000 euros à partir de 2022, attribuer des points de solidarité pour la pénibilité, pour chaque enfant, pour les périodes de chômage, entre autres, sont des mesures correctives des inégalités.

Cette réforme reste bloquée dans la logique productiviste. À l’évidence, nous devons absolument questionner notre rapport à la croissance et au travail. « Produire plus, pour consommer plus, pour produire plus, pour consommer plus » est une trajectoire qui mène dans le mur. La réforme du gouvernement poursuit cette logique infernale.

Vous vous répétez, je me répète : les pensions vont forcément baisser ? Sinon je suis encore plus impatient pour découvrir, dans votre projet ci-dessous, comment vous proposer de partir plus tôt, avec des pensions plus élevées, et en plus en produisant moins.

LES FEMMES, GRANDES PERDANTES

Les femmes gagnent en moyenne 25,7% de moins que les hommes. Elles constituent les gros bataillons des employé·e·s à temps partiel (80%). Leur carrière est plus souvent incomplète en raison de l’arrivée des enfants, dont les conséquences professionnelles pèsent avant tout sur elles.

Oui, nous en sommes tous conscients. Elles constituent d’ailleurs dans le système actuel 80% des personnes contraintes à partir à 67 ans…

Des carrières précaires, des pensions de misère

Les femmes font donc partie des populations aux bas salaires et aux carrières les plus hachées. Aujourd’hui, dans le secteur privé, ce sont les 25 meilleures années qui sont prises en compte, ce qui permet d’atténuer, même de façon insuffisante, l’impact des périodes plus précaires.

Il me semble que vous oubliez que ces 25 meilleures années doivent avoir été accomplies dans le même régime, ce qui est contradictoire, justement, avec la notion de carrière hachée… De même, la validation des trimestres, ce principe que vous réaffirmez ci-dessus, est de facto excluant pour les carrières hachées, puisqu’elles multiplient les heures travaillées mais de façon irrégulière, et dont un grand nombre ‘passent à la trappe’ dans le système actuel. Donc je suis bien d’accord avec vous que le système actuel « atténue de façon insuffisante l’impact des périodes les plus précaires ». Et je comprends que le minimum à 1000 euros dès le 1er janvier 2022, les droits engrangés dès la première heure travaillée, et pour chaque heure travaillée, les droits ouverts par les indemnités chômage, sont des mesures qui vous satisfont en partie, puisqu’elles constituent bien des mesures qui atténuent, directement, l’impact des périodes les plus précaires.

En prenant en compte l’ensemble de la carrière, le calcul basé sur la règle « un euro cotisé = un point » diminuera les pensions des femmes dans leur majorité.

Non, c’est faux. Que ce soit pour les femmes ou hommes, notre système diminuera plus les hautes pensions que les plus faibles versées dans le cadre du système actuel. Par exemple, en plafonnant le système à 3 PASS, à 120 keuros, nous plafonnons non seulement leurs cotisations ouvrant des droits, mais donc également le montant de leur pension ! Alors qu’aujourd’hui ces très hauts salaires donnent droits à de très hautes pensions… De même, l’âge d’équilibre permettra de faire passer la fin de la décote de 67 ans à environ 64 ans. L’étude d’impact et l’avis du conseil d’état reconnaissent d’ailleurs que ces mesures favorisent bien les carrières hachées.

Je suis toujours aussi impatient, après avoir lu plus de la moitié de votre document, de lire dans le projet ci-dessous vos propositions afin de réaliser un certain niveau d’équilibre du système, tout en baissant l’âge de départ à 60 ans, et en augmentant les pensions.

Le gouvernement communique beaucoup sur « une pension minimum de 1 000 € » mais il s’agit d’un minimum pour une carrière complète !

Oui, il est quand même normal, et beaucoup de gens de tradition « à gauche » nous rejoignent sur ce sujet, que la retraite se passe mieux pour quelqu’un qui a travaillé toute sa vie !

Un pur effet d’affichage qui additionne la retraite de base et la retraite complémentaire.

Je ne comprends pas cette phrase. Comment un effet d’affichage peut-il faire une addition ?

D’autant plus que le minimum vieillesse atteindra déjà 903 € au 1er janvier 2020.

Vous semblez justement confondre le minimum vieillesse et le minimum retraite…

Avec la réforme Macron, les carrières précaires seront toujours pénalisées.

Non, ce n’est pas la réforme Macron, c’est une idée et des principes qui sont défendus depuis longtemps, certains depuis l’époque du CNR, et souvent par des gens de tradition à gauche.

Or, 87% des embauches se font en CDD dont un tiers pour une seule journée de travail !

Oui, nous en sommes tous conscients. Et notre proposition de réforme vise en particulier les carrières précaires, au détriment justement des très hautes pensions, des régimes spéciaux…etc…

Une réforme en rien féministe

Les mesures de compensation ne rassurent pas. En effet, c’est une logique familialiste qui préside. Les coups de pouce seront donnés aux femmes en couple ou à celles qui ont des enfants.

Aujourd’hui les parents perçoivent une majoration de leurs retraites de 10% à la naissance du 3e enfant. Le gouvernement prévoit que cette majoration soit de 5% dès le premier enfant, mais… qu’elle soit affectée soit à la pension du père, soit à la pension de la mère, à la discrétion du couple. Compte-tenu des inégalités salariales, ceux-ci auront tout intérêt à attribuer cette majoration à la pension du père.

C’est faux. Alors que dans le système actuel, la majoration est totalement affectable soit au père, soit à la mère, dans le nouveau système, la moitié des points acquis grâce à ces majorations n’est pas transmissible au père, et seule la moitié de ces points sera affectable au choix du couple au père et à la mère.

Enfin, le gouvernement veut repousser de sept années l’âge auquel les pensions de réversion pourront être versées au conjoint survivant et à condition que les bénéficiaires soient à la retraite.

Je ne comprends pas à quoi vous faites allusion.

Or, avec l’instauration de l’âge pivot, il faudra partir au-delà de 62 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein (c’est déjà le cas aujourd’hui, jusqu’à 67 ans pour beaucoup de femmes). 90% des bénéficiaires des pensions de réversion sont des femmes. Parmi les bénéficiaires de réversion ne percevant aucune autre pension, 96% sont des femmes. Plus de 80 000 personnes seront touchées dès la mise en place de cette réforme.

Et le projet prévoit de garantir 70% du revenu cumulé du couple avant le décès. C’est donc une avancée historique pour les veufs ou veuves qui ne percevaient aucune retraite à la mort de leur conjoint ; et effectivement, cette situation concerne des femmes à une écrasante majorité. Je ne comprends donc pas votre analyse.

Au final, ce projet n’est en rien féministe. Au contraire, il aggravera les inégalités entre les femmes et les hommes.

Non, c’est faux. Ne serait-ce qu’en augmentant la couverture du système de répartition obligatoire à 99% des personnes, et donc en augmentant l’effet de redistribution : les hauts salaires sont (injustement) plus perçus par des hommes que par des femmes…

LES FONCTIONNAIRES LOURDEMENT IMPACTÉS

Les traitements perçus par les fonctionnaires français·e·s font partie des plus faibles dans l’ensemble des pays développés. C’est particulièrement vrai pour les enseignant·e·s : en milieu de carrière, il·elle·s gagnent 22% de moins que la moyenne des pays de l’OCDE. Leur pension est calculée sur les 6 derniers mois de carrière, soit le moment où leur traitement est le plus élevé.

Ce calcul permet de maintenir le niveau de vie des fonctionnaires. Avec des rémunérations aussi basses, il est inconcevable d’en modifier les règles à leur détriment. Ce n’est qu’après une hausse massive de leur rémunération qu’un passage aux 10 meilleures années pourrait être envisagé. Ce n’est pas le choix du gouvernement, qui leur attribue des miettes mais remet à plus tard la réelle revalorisation de leur traitement.

J’ai toujours été clair sur ce phénomène et conscient du problème, en particulier pour les enseignants. Mais le problème vient d’une sous-rémunération chronique, qu’on a pris la mauvaise habitude de compenser par cette règle assez déséquilibrée des 6 mois. Il faut mettre fin à ce bricolage : nous prévoyons d’avoir un plan ambitieux de redressement des salaires, prévu dans notre projet de loi malgré l’avis sceptique du Conseil d’Etat ; et nous inscrivons également dans ce projet qu’il ne doit pas provoquer une baisse pour ces populations pendant la période de transition. Ce n’est pas irréaliste, puisque la mise en place du nouveau système intègre une longue période de transition et d’adaptation, en particulier pour les personnes nées entre 1975 et 2004.

L’UNIVERSALITÉ : LE BEL ALIBI !

Qui peut croire que le gouvernement qui s’est employé dès son arrivée au pouvoir à casser la règle commune qu’est le Code du travail au profit de la négociation entreprise par entreprise soit soucieux d’universalité ? La réforme par points va en fait procéder à la création d’autant de régimes spéciaux qu’il y aura de générations !

Ce n’est pas vrai, ou c’est un jeu sémantique. Les différences entre les générations à cause des âges de départ sont déjà foisons dans les systèmes actuels. Appelez « régime différent », si cela vous plaît, l’adaptation à chaque situation individuelle : cela ne change rien sur le fond… Considérez-vous que les « mères d’un enfant » font partie d’un régime différent que les « mères de trois enfants » dans le système actuel ? C’est un slogan, libre à vous, mais ce n’est pas une notion très utile pour transformer le système….

Sous couvert de créer un régime unique, (la loi ne crée pas un régime unique, mais un système universel : répéter une erreur n’en fait pas une vérité) le gouvernement d’Edouard Philippe consacre la fin du caractère solidaire de notre système de retraites. La mise en place d’un système voulant qu’un euro cotisé ouvre les mêmes droits signifie l’absence de correctifs contre les inégalités.

Mais comment analysez-vous l’extension du régime général OBLIGATOIRE à tous les revenus en dessous de 120 keuros (alors qu’il est plafonné à 40 Keuros dans le régime actuel) ? Nous étendons le caractère solidaire de notre système de retraite à 99% des personnes et à 97% des revenus, nous plafonnons les très hautes pensions, nous relevons les très basses à 85% du SMIC dès 2022, nous améliorons les pensions des carrières hachées, en gardant à peu près la même part de la richesse nationale : c’est la définition même de la répartition et de la solidarité de répartir la même part de la richesse en rognant sur les très hauts, en récupérant les exclus et les hachés, et en instaurant des planchers pour les plus bas. Je ne comprends pas votre phrase.

Les personnes aux carrières hachées, avec des périodes de maladie, de maternité, ou de chômage subi cotiseront moins et disposeront donc de moins de points. Leur retraite en sera diminuée sans qu’aucun mécanisme de solidarité ne vienne corriger cette situation.

C’est faux. Presque mensonger, d’ailleurs. Les mécanismes de solidarité sont prévus et multipliés dans le projet de loi : points pour les périodes de maladie, de chômage, plancher pour la réversion… C’est assez difficile à suivre quand on connaît le projet en détail.

La suppression des régimes spéciaux, qui représentent moins de 3% de la population active, telle que prévue par le gouvernement n’est qu’une diversion. Il fait le pari que la jalousie des Français·e·s entre eux serait supérieure à l’aspiration générale à partir en retraite à un âge décent avec une pension digne. La réforme par points accentue les inégalités dans la vie active et les prolonge dans la retraite.

Non, la disparition des régimes spéciaux n’est pas une diversion, c’est l’élargissement de l’assiette des cotisations et du régime général (le « panier commun que l’on va partager aux pensionnés de l’année ») à un maximum de personnes. C’est exactement le contraire de ce dont vous nous accusez ci-dessus par l’incantation sur les solidarités : c’est vous qui me semblez réduire le caractère solidaire, en prétendant que certains peuvent s’y soustraire, et « rester dans leur coin » – tant que leur démographie est favorable, d’ailleurs, l’histoire, que vous rappelez souvent, nous enseigne qu’ils reviennent chercher la solidarité nationale quand la démographie s’inverse….

LE CAS DES CADRES : L’ENCOURAGEMENT À PASSER À LA CAPITALISATION

L’objectif réel de la réforme de Macron est d’ouvrir la voie aux fonds de pension et aux retraites privées. Les hauts cadres sont encouragés à faire sécession de la retraite commune de la Sécurité sociale. En effet, au-delà de 10 131 € par mois – contre 27 016 € actuellement – la cotisation tombe de 28% à 2,8% et n’ouvre plus aucun droit.

C’est complètement faux. La cotisation ne tombe pas, elle est plafonnée :

  • pour les revenus de 10,131 euros, la cotisation sera de 2,800 euros environ pour le régime général (contre, aujourd’hui, 500 euros dans le régime général ; et 2,000 environ dans le régime complémentaire cadre) ;
  • pour les revenus de 15,000 euros, la cotisation sera de 2,900 euros environ pour le régime général (contre, aujourd’hui, 500 euros dans le régime général ; et 2,200 environ dans le régime complémentaire cadre) ;
  • pour les revenus de 19,000 euros, la cotisation sera de 3,000 euros environ pour le régime général (contre, aujourd’hui, 500 euros dans le régime général ; et 2,400 environ dans le régime complémentaire cadre) ;
  • pour les revenus de 30,000 euros, la cotisation sera de 3,300 euros environ pour le régime général (contre, aujourd’hui, 500 euros dans le régime général ; et 3,300 environ dans le régime complémentaire cadre) ;

Et surtout, leur pension sera plafonnée, c’est-à-dire que la personne ayant un revenu de 30,000 euros aura la même pension que celle qui a un revenu de 10,000 euros, alors qu’elle s’ouvre aujourd’hui des droits à pension trois fois supérieurs.

Et croyez-vous que les quelques centaines d’euros économisés par la personne qui gagne 30,000 euros par mois, et à qui on garantit une pension quand même assez confortable (de l’ordre de 7 à 8,000 euros aux conditions actuelles), croyez-vous que ces quelques centaines d’euros vont créer un vent de panique et de réorientation de l’épargne susceptible d’intéresser le marché de la capitalisation (qui existe déjà aujourd’hui), marché qui brasse des dizaines de milliers de milliards d’euros, au point de construire une conspiration aussi méticuleuse que celle dont vous nous accusez ???

Pour garantir leur niveau de revenu, ces personnes seront donc obligées de cotiser à des fonds de pension. Cette retraite privée sera payée par tous les Français·e·s, par leurs impôts. Car l’abaissement de cette cotisation va représenter un manque à gagner de 7 milliards d’euros – dont 4,3 milliards d’euros pour la part patronale – qu’il faudra compenser.

Ce manque à gagner ne concerne que la période de transition, dont les modalités permettront de l’étaler dans le temps. Je vous rappelle que c’est de l’ordre de 1% des versements annuels. Et que le fait que nous relevions le plafond de 1 PASS à 3 PASS ramène, chaque année, dans le système général des montants qui seront de l’ordre, au minimum, de dizaines de milliards d’euros (certains parlent de plus d’une centaine).

L’affaire a été préparée de longue main. Dans la loi PACTE, adoptée en 2018, le gouvernement a encouragé fiscalement les retraites par capitalisation. C’est encore 1,1 milliard d’euros de baisses d’impôts à faire payer à tous les contribuables.

Non, nous avons encouragé le fait que cette capitalisation, qui existe aujourd’hui y compris dans les complémentaires du régime des fonctionnaires, soit de préférence utilisée dans l’économie active du pays, que dans des fonds de pensions, souvent étrangers, et qui ne soutiennent pas le développement économique réel du pays.

Tout le monde paiera pour eux ! Les hauts revenus y sont incités comme les Français·e·s qui auraient les moyens d’épargner et ne voudraient pas travailler jusqu’à l’âge pivot. De plus en plus de personnes cotiseront sans être mieux couvertes par le système de retraite par répartition. Elles seront dirigées vers des systèmes assurantiels privés qui fonctionnent par capitalisation. Vient l’ère du chacun pour soi en lieu et place de la solidarité entre générations. C’est une rupture avec la philosophie d’une Sécurité sociale universelle. En faisant croire à une mesure de solidarité le gouvernement prépare en réalité la sécession des hauts revenus avec le système solidaire.

C’est faux ; et puisque vous répétez, moi-aussi. La cotisation ne tombe pas, elle est plafonnée :

  • pour les revenus de 10,131 euros, la cotisation sera de 2,800 euros environ pour le régime général (contre, aujourd’hui, 500 euros dans le régime général ; et 2,000 environ dans le régime complémentaire cadre) ;
  • pour les revenus de 15,000 euros, la cotisation sera de 2,900 euros environ pour le régime général (contre, aujourd’hui, 500 euros dans le régime général ; et 2,200 environ dans le régime complémentaire cadre) ;
  • pour les revenus de 19,000 euros, la cotisation sera de 3,000 euros environ pour le régime général (contre, aujourd’hui, 500 euros dans le régime général ; et 2,400 environ dans le régime complémentaire cadre) ;
  • pour les revenus de 30,000 euros, la cotisation sera de 3,300 euros environ pour le régime général (contre, aujourd’hui, 500 euros dans le régime général ; et 3,300 environ dans le régime complémentaire cadre) ;

Et surtout, leur pension future sera aussi plafonnée, c’est-à-dire que la personne ayant un revenu de 30,000 euros aura la même pension que celle qui a un revenu de 10,000 euros, alors qu’elle s’ouvre aujourd’hui des droits à pension trois fois supérieurs.

Et croyez-vous que les quelques centaines d’euros économisés par la personne qui gagne 30,000 euros par mois, et à qui on garantit une pension quand même assez confortable (de l’ordre de 7 à 8,000 euros aux conditions actuelles), croyez-vous que ces quelques centaines d’euros vont créer un vent de panique et de réorientation de l’épargne susceptible d’intéresser le marché de la capitalisation (qui existe déjà aujourd’hui), marché qui brasse des dizaines de milliers de milliards d’euros, au point de construire une conspiration aussi méticuleuse que celle dont vous nous accusez ???

NOS RETRAITES OU LE DROIT AU TEMPS LIBÉRÉ

Quelle idée se fait un grand pays comme la France de ce que doit être la vie de ses seniors ?

La France insoumise fixe le cap : mettre les retraité·e·s en Sécurité sociale.

Leur permettre de partir à la retraite à un âge décent, où l’on n’est pas cassé par le travail ou la maladie, et surtout avec un niveau de pension digne. La retraite est un nouvel âge de la vie, celui du temps libéré pour toutes et tous.

C’est la question clé, depuis le XIXe siècle : la libération du travail. La fin du travail des enfants, le recul à 12 ans, puis 14 ans, puis 16 ans, de leur entrée à la mine ou à l’usine, c’est un combat sur le temps de travail. Le dimanche chômé, puis le « samedi anglais », comme on l’a appelé, c’est un combat sur le temps de travail. Le congé maternité, les congés payés, c’est un combat sur le temps de travail. La loi des « huit heures » – huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures de loisir – c’est un combat sur le temps de travail. Les heures de formation ou de délégation, c’est un combat sur le temps de travail. Et bien sûr, les retraites, c’est un combat sur le temps de travail. C’est notre combat à toutes et tous !

Le recul du temps de travail dans la vie, voilà le progrès véritable. À quoi bon travailler plus longtemps que le temps nécessaire à produire ce dont nous avons besoin ? La productivité a augmenté au point qu’un·e salarié·e français·e produit trois fois plus aujourd’hui que dans les années 1970.

Très bien, je comprends votre cap : retraite à 60 ans, avec un niveau de pensions « digne », donc un niveau supérieur aux montants actuels, tout en maintenant le principe de répartition, c’est-à-dire que ce sont les actifs de l’année N qui financent les pensions de l’année N, et avec une croissance se limitant uniquement aux produits dont nous avons réellement besoin, et en réduisant toujours plus la durée du « travail » dont nous devons nous « libérer ».

Je suis encore plus impatient de comprendre, dans votre projet ci-dessous, quelles sont vos solutions pour mettre en place un système garantissant l’équilibre à moyen terme.

Plus de 8 points de PIB (soit près de 200 milliards d’euros par an) sont passés des poches du travail à celles du capital.

Il me semble que ce calcul confirme simplement l’augmentation de la productivité dont vous vous félicitiez ci-dessus : si la productivité augmente, il est tout à fait normal que la part relative du coût du travail dans le PIB baisse…

Et que nous proposent les tenants du libéralisme et de la casse sociale ? Le retour du travail le dimanche, la facilitation du travail de nuit après 21 heures et le recul de l’âge de départ à la retraite !

Pour penser les retraites, nous réaffirmons la nécessité de repenser le travail, d’en réduire la durée, qu’il soit mieux rémunéré et qu’il assure la dignité des personnes.

Oui, j’ai bien compris votre cap, que vous répétez ici. Je n’en suis que plus impatient de comprendre, dans votre projet ci-dessous, quelles seront vos solutions pour mettre en place un système garantissant l’équilibre à moyen terme.

Nous assumons également de penser la retraite comme un temps de l’émancipation individuelle et collective. Repos, recherche intellectuelle, voyages, engagement associatif, vie amicale et familiale, garde des enfants : la retraite est un nouvel âge de la vie durant lequel nous pouvons nous investir autrement pour soi, ses proches et la collectivité.

Je suis quand même surpris de cette affirmation de la part de votre parti : l’émancipation, pour les centristes, cela commence dès l’école primaire, et cela passe aussi par l’activité professionnelle, par les compétences développées à chaque étape de la vie, et pas uniquement à partir du départ à la retraite…

Nous refusons la logique libérale du point qui suppose que les salaires de début de carrière valent autant que ceux de fin de carrière.

Aujourd’hui, les salaires de début de carrière sont à peine indexés sur l’inflation (quand ils le sont…), alors que le point sera indexé sur les revenus. Donc c’est bien avec le systèmes à points, que les salaires de début de carrière sont mieux valorisés. C’est ce que même les opposants au texte reconnaissent quand ils disent que nous avantageons les carrières ‘descendantes’ au détriment des carrières ‘ascendantes’.

Nous réaffirmons que les retraites se basent sur la cotisation et la validation de trimestres acquis.

Dont acte. Mais je suis toujours aussi impatient de voir comment vous aller permettre aux partenaires sociaux de piloter ces cotisations en leur imposant la baisse de l’âge de départ et l’augmentation des pensions.

Cinq grands principes fondent notre réforme : la liberté de partir à la retraite à 60 ans, 40 annuités, (donc on part à 60 ans si on a commencé à 20 ans ; les personnes démarrant leur carrière à 26 ans travaillent jusqu’à 66 ans – dont acte) 10 meilleures années (donc une mesure supplémentaire à financer, puisque ce principe augmente encore le niveau des pensions – sauf pour les enseignants que vous pénalisez – dont acte), minimum vieillesse porté au seuil de pauvreté (il est déjà supérieur, souhaitez-vous le ramener, donc le baisser, pour financer d’autres charges ?) et une retraite au moins au niveau du SMIC pour une carrière complète (Cette mesure est surprenante : le travail ne paiera pas plus que l’inactivité : comment en assurez-vous l’acceptabilité ?)

L’ÂGE DE DÉPART, POUR NOUS, C’EST 60 ANS

Toute personne doit avoir le droit à un départ en retraite à un âge raisonnable, à commencer par ceux qui ont commencé à travailler le plus tôt.

L’espérance de vie a augmenté dans les dernières décennies mais stagne désormais. L’espérance de vie en bonne santé reste stable, autour de 63 ans.

C’est aussi l’âge réel moyen de départ en retraite et il est en recul sous l’effet des différentes réformes néolibérales depuis les années 1990. La priorité est donc de permettre à tout le monde de partir plus tôt pour pouvoir profiter pleinement de sa retraite.

Reculer l’âge de départ à la retraite est non seulement un scandale social mais aussi un contresens économique en bloquant le partage du temps de travail, avec les plus jeunes notamment. En outre, 360 000 personnes de plus de 60 ans sont déjà au chômage et le chômage des seniors s’accroît.

Vous vous répétez, j’ai bien intégré ce cap : mais je n’en suis que plus impatient de comprendre, dans votre projet ci-dessous, quelles seront vos solutions pour mettre en place un système garantissant l’équilibre à moyen terme.

ACCORDER UNE PENSION À TAUX PLEIN POUR 40 ANNUITÉS

La préservation d’un calcul basé sur les annuités est fondamentale pour toute personne ayant commencé à travailler tôt. Les personnes ayant commencé à travailler à 20 ans ou avant doivent pouvoir partir avec un taux plein dès 60 ans.

Dont acte. Vous vous répétez, j’ai bien intégré ce cap : mais je n’en suis que plus impatient de comprendre, dans votre projet ci-dessous, quelles seront vos solutions pour mettre en place un système garantissant l’équilibre à moyen terme.

Aujourd’hui fixé à 43, nous proposons de ramener à 40 le nombre d’annuités, sauf  les régimes plus favorables en outre-Mer qui doivent être conservés. Nous y intégrerons le temps passé au RSA.

Dont acte : dans l’absolu, 40 années au RSA ouvre les mêmes droits qu’une carrière de 40 ans au travail. Je ne suis pas sûr que ce soit une idée traditionnelle de gauche…

Diminuer le temps de travail est une nécessité sociale mais également une exigence écologique. Pour faire face aux défis que nous devons relever, la matière grise est notre meilleure ressource. Nous prendrons en compte le temps passé en études supérieures.

CALCULER LES DROITS SUR LES 10 MEILLEURES ANNÉES DANS LE PRIVÉ AVEC UN TAUX DE REMPLACEMENT MOYEN DE 75%

Suite à la réforme Balladur de 1993, le calcul du montant des pensions de retraite se base, dans le privé, sur les 25 meilleures années d’activité. Les carrières sont de plus en plus hachées. Prendre en compte les 25 meilleures années de carrière dans le calcul de la retraite, c’est donc se baser sur des années de travail potentiellement précaires. À l’inverse, toute mesure qui réduit la période de calcul aide les carrières hachées, notamment des femmes.

Nous proposons donc de calculer le montant des pensions à partir des 10 meilleures années de carrière afin de limiter l’impact des périodes difficiles au cours de la carrière. Par ailleurs, le calcul de la pension doit mimer le taux de remplacement moyen actuel, à hauteur de 75% pour le salaire médian.

Quelques questions précises, dont je suis impatient de voir les réponses dans la suite de votre projet ci-dessous :

  • Que veut dire « mimer » un taux de remplacement moyen actuel, concrètement ? Y compris pour les très hautes pensions ? Y compris pour les taux de remplacement des très petites retraites en dessous du minimum vieillesse aujourd’hui ?
  • Et toujours, comment assurez-vous un certain niveau d’équilibre en réduisant l’âge et la durée d’activité, en intégrant des longues périodes de certains inactifs, et en augmentant le niveau des pensions ? Je suis impatient de découvrir vos réponses dans la suite du projet ci-dessous.

PERSONNE NE DOIT VIVRE EN DESSOUS DU SEUIL DE PAUVRETÉ

Notre système de retraites a permis de sortir nos aîné·e·s de la misère et de maintenir le taux de pauvreté des retraité·e·s à un niveau environ deux fois inférieur à celui de nos voisins européens. Toutefois, de nombreux et nombreuses retraité·e·s vivent encore dans la pauvreté. Au 1er janvier 2020, le minimum vieillesse (ASPA) est fixé à 903 € pour une personne seule. C’est presque 150 € de moins que le seuil de pauvreté. Les personnes qui bénéficient de ce minimum vieillesse passent donc leur retraite dans une situation de dénuement. Ce n’est pas digne de notre pays.

Nous sommes d’accord sur les failles du système actuel, dues essentiellement à sa complexité et son absence de lisibilité (les décisions prises à 30 ans étaient intraduisibles en termes de niveau de pensions futures…). Je vous rappelle à toutes fins utiles que beaucoup de retraités vivent en-dessous de l’ASPA même, surtout en ce qui concerne les bénéficiaires de pensions de réversion. Et il y a plusieurs calculs du seuil de pauvreté, il est estimé à 800 euros par d’autres sources.

Nous ne voulons plus qu’un·e seul·e retraité·e vive sous le seuil de pauvreté, actuellement fixé à 1 041 € (les seuils de pauvreté sont estimés, pas fixés : ce sont les minima sociaux qui font l’objet d’une fixation) Nous proposons d’y indexer le minimum vieillesse et de le réévaluer à la hausse automatiquement, qu’elle qu’ait été la carrière de la personne.

C’est très surprenant, car c’est beaucoup moins favorable que de le fixer sur l’évolution du SMIC ou des revenus. C’est d’autant plus surprenant que les personnes et les mouvements de tradition « à gauche » défendent justement une indexation sur les rémunérations.

ACCORDER UNE RETRAITE AU NIVEAU DU SMIC POUR UNE CARRIÈRE COMPLÈTE AU SMIC

La précarité dans laquelle sont plongées des personnes qui ont travaillé toute leur vie est révoltante dans un pays aussi riche que le nôtre. Alors que les dividendes n’ont jamais été aussi élevés, les carrières précaires sont légion. Travailler toute sa vie au SMIC est déjà une difficulté chaque fin de mois. Partir à la retraite ne doit pas être une nouvelle étape qui prolonge ces inégalités.

Ainsi nous proposons que toute personne avec une carrière complète puisse partir avec une pension au moins égale au SMIC. Une personne avec une carrière complète pour qui les meilleures années rentrant dans le calcul sont au niveau du SMIC se verra donc verser une retraite égale à son salaire.

Il y a deux contradictions dans cette revendication :

  • D’une part, il est à mon avis difficile et peu acceptable par nos concitoyens de ne pas faire de différence entre la rémunération des actifs et les pensions des inactifs.
  • D’autre part, c’est en contradiction avec le taux de remplacement que vous revendiquiez ci-dessus (là, vous proposez 100%, alors que vous proposiez 75%).

REFUSER LA PRÉCARITÉ GÉNÉRALISÉE ET ACCORDER DE NOUVEAUX DROITS

Au-delà de nos cinq grands principes, il est urgent de revenir sur les réformes paramétriques libérales qui ont cassé la solidarité du système de retraites et organisé la baisse des futures pensions si rien ne change. Il nous faut également harmoniser par le haut la reconnaissance de la pénibilité et de la précarité.

MÉTIER PÉNIBLE, DÉPART PRÉCOCE !

Certaines activités professionnelles sont caractérisées par des conditions de travail plus pénibles que d’autres (travail de nuit, gestes répétitif, poids importants, températures extrêmes, manque d’autonomie, etc.). Elles doivent donc être compensées en ouvrant des droits supplémentaires.

C’est exactement ce que prévoit notre réforme. Nous sommes d’accord.

Notamment un départ plus rapide en retraite. Deux raisons à cela. Premièrement, les professionnel ·le·s en activité pénible jouissent moins de la retraite car ils et elles sont souvent en moins bonne santé (blessé·e·s, handicapé·e·s ou usé·e·s par le travail). Deuxièmement, leur espérance de vie est réduite. Un·e ouvrier·ère vit en moyenne 6 années de moins qu’un·e cadre.

Oui, notre réforme prévoit effectivement des départs précoces en fonction des niveaux de pénibilités. Nous sommes d’accord sur ce principe et nous l’avons traduit en mesures concrètes.

Nous redéfinissons donc la pénibilité selon quatre priorités :

1 – Nous transférons aux professionnel·le·s réuni·e·s en jurys la tâche de lister les facteurs de pénibilité dans leur branche ou secteur. Connaissant les métiers, il·elle·s sont les plus à même de les définir.

Que veut dire « professionnels réunis en jurys » ? Si c’est une nouvelle instance paritaire, vous ne changez rien, puisque ce sont bien ces instances qui définissent aujourd’hui les critères de pénibilités et surtout leur mode d’évaluation et de quantification. Si ce n’est pas une nouvelle instance paritaire, je ne comprends pas ce que cela apporte par rapport à la situation actuelle…

2- Nous harmonisons par le haut tous les critères ainsi définis de pénibilité : lorsqu’un·e salarié·e part plus tôt dans un établissement, cela vaut pour les autres dans une situation comparable.

Soit c’est une tautologie, soit je ne comprends pas à quelle situation vous faites allusion…

3- Nous appliquons ces critères de façon collective. Tout·e professionnel·le d’un métier exposé à des tâches pénibles est en situation de pénibilité.

Voulez-vous dire que le comptable d’une société de gardiennage est considéré travailler de nuit ? Et si vous décidez de laisser des instances paritaires ou participatives définir les critères, quel est l’intérêt de leur imposer une sur-décision ?

4- Nous considérons la précarité comme une forme de pénibilité. Toute carrière entrecoupée ou composée de périodes précaires (c’est-à-dire de contrats courts, en horaires réduits, à durée incertaine ou qui ouvrent des droits affaiblis aux sécurités collectives) est une carrière comportant des périodes de pénibilité.

A quelle instance paritaire, ou à quel « jury », sera confié la définition et la quantification de la pénibilité liée à la précarité ? Je vous avoue que je m’y perds un peu, mais je compte que j’aurai des réponses précises dans votre projet ci-dessous.

À partir de ces quatre axes, nous incluons plusieurs millions de personnes dans le champ des professions pénibles. Les assistantes maternelles par exemple, ne bénéficient pas aujourd’hui d’une prise en compte réelle de la pénibilité, alors qu’elles portent chaque jour des charges cumulées importantes, qu’elles sont exposées a du bruit et à des virus qui ont des conséquences sur leur santé et qui devraient leur permettre de partir plus tôt.

Les périodes passées dans tous ces métiers donneront droit automatiquement à des trimestres supplémentaires validés : une partie forfaitaire (pour compenser les dégâts immédiats de l’entrée en métier) et une partie selon l’ancienneté (pour compenser les dégâts cumulatifs par l’activité).

Je comprends bien ces avantages liés à la pénibilité. Mais je vous rappelle que, dans un système à trimestres et taux de remplacement, accorder des trimestres n’augmente pas le montant de la retraite. Vous ne faites que permettre d’éviter des décotes. Un système qui accordent des points permet d’augmenter la pension de façon sonnante et trébuchante, et pas uniquement d’ouvrir les droits à taux de remplacement fixé.

INTÉGRER LES TRIMESTRES AU RSA DANS LA RETRAITE

Les périodes de grande précarité ne sont jamais volontaires et jamais indolores.

Alors qu’une poignée d’extras-riches volent des milliards en se dérobant à l’impôt, d’autres enchaînent petits boulots et cycles de pauvreté.

Ce problème se résout par des solutions de contrôles, de polices, et judiciaires, pas par le système de retraite…

Nous considérons qu’un système de retraites solidaire doit aider les plus précaires.

Nous sommes d’accord avec ce principe et nous avons prévu des mesures concrètes dans notre projet.

À cette fin, les périodes difficiles, à commencer par le RSA, doivent permettre la validation de trimestres de retraites, et sans cotisation, afin d’atteindre normalement les 40 annuités nécessaires à une liquidation à taux plein.

Je vous rappelle mes deux remarques à ce sujet :

  • D’une part, il est à mon avis difficile et peu acceptable par nos concitoyens de ne pas faire de différence entre la rémunération des actifs et les pensions des inactifs.
  • D’autre part, je n’en suis que plus impatient de comprendre, dans votre projet ci-dessous, quelles seront vos solutions pour mettre en place un système garantissant l’équilibre à moyen terme.

SUPPRIMER LA DÉCOTE, QUI PÉNALISE LARGEMENT LES FEMMES

La décote, c’est la double peine. Sans carrière complète, faute d’une durée suffisante de cotisation, on touche mécaniquement une retraite plus faible.

Mais en plus, le système de « décote » vient sabrer une deuxième fois le montant des retraites en appliquant une baisse supplémentaire au taux de remplacement. Si vous n’avez pas 67 ans, cette « punition » appliquée par trimestre manquant s’élève à 1,25% pour les personnes nées après 1953, et c’est pire pour celles nées avant !

Exemple : salarié·e du privé, âgé de 65 ans, j’ai atteint l’âge de départ en retraite et souffre d’un travail pénible. Mais il me manque encore 13 trimestres pour obtenir une retraite à taux plein. Je désire tout de même partir et cela pourrait être avec 92% de ma retraite à taux plein (152 trimestres sur 165). Mais non, en plus, on me retire 16,25 points de remplacement (=13*1,25) : je n’aurai donc que 84% de la pension espérée, soit 77% de mon salaire de référence.

Sur une retraite dont le taux plein serait de 1 100 € par mois correspondant à un salaire annuel moyen de 28 000 €, cela représente 2 300 € perdus chaque année !

En somme, toute carrière incomplète limite par essence la pension reçue.

Oui, c’est pour cela que je suis surpris que votre proposition comprenne encore un nombre de trimestre à valider (40, si j’ai bien compris). Que se passe t’il si je démarre à 28 ans ? Je travaille jusqu’à 68 (28 + 40), ou je peux partir à 60 sans décote ? Et dans ce cas, à qui sert la validation des trimestres ? Comment instaurez-vous des « annuités » sans introduire des « décotes » en parallèles. J’attends de voir vos précisions dans le projet ci-dessous…

Mais la décote ajoute une baisse supplémentaire aux trimestres manquants.

Dans le système Macron à points, la décote dépendra uniquement de l’âge de départ. Même si on a commencé à travailler à 16 ans, on sera sanctionné financièrement si l’on s’arrête avant 64 ans – puis 65, puis 66…

C’est faux. Le système à point permet d’engranger des points dès la première heure travaillée. Dans votre exemple, les heures travaillées dès 16 ans (!) permettront l’acquisition de points. Donc une personne ayant commencé à 16 ans a de forte chance d’avoir un nombre de point supérieur à celui qui aura commencé quatre ou cinq ans plus tard, et donc pourra sans doute partir éventuellement bien avant son âge d’équilibre en pouvant compenser la décote.

Nous prévoyons de plus un âge particulier de départ pour les carrières longues, ce que vous ne prévoyez pas (si je démarre à 16 ans, il est injuste d’attendre 60 ans).

Et encore une fois, je croyais que nous étions dans le chapitre consacré à vos propositions.

Nous supprimons cette décote qui pénalise injustement les carrières incomplètes et accentue les inégalités de carrière dans le système de retraites. Cela concerne essentiellement les femmes, dont les carrières sont plus souvent hachées. Supprimer la décote est un pas important vers l’égalité des pensions entre femmes et hommes.

Mais vous proposez vous-même le nombre de 40 annuités. Que se passe t’il pour quelqu’un qui commence à 25 ans, et part, comme vous l’y encouragez, à 60 ans ? Décote ? Sinon, à quoi sert de valider les trimestres ?

LES MAJORATIONS POUR ENFANTS À ÉGALITÉ

Nous mettrons un terme aux inégalités entre parents face aux retraites. Au lieu d’accorder 10% aux pensions des femmes à partir du troisième enfant comme c’est le cas actuellement, nous augmenterons les pensions au premier enfant :

500 € annuels supplémentaires par enfant, jusqu’au 4e enfant, pour les femmes retraitées par défaut. Que l’on soit riche ou pauvre, le gain des droits à la retraite doit être le même. L’égalité ne justifie pas que les enfants des plus aisés ouvrent des droits plus élevés que ceux des plus modestes. Au sein du couple lui-même, l’asymétrie entre parents est intolérable. Si les deux parents ont pris un congé parental égal, ils pourront se partager les 500 € par enfant à leur retraite.

UNE INDEXATION JUSTE : LES SALAIRES SUR LES SALAIRES, LES RETRAITES SUR LES PRIX !

Le jour du départ en retraite, une autre arnaque attend la plupart des jeunes pensionné·e·s : les salaires de leur carrière sont revalorisés en fonction de l’inflation (la hausse des prix) au lieu des salaires. D’apparence technique, cet argument est fondamental, car les salaires progressent plus vite que les prix. Cela signifie que le SMIC perçu il y a quinze ans est compté comme s’il suivait l’évolution des prix entre temps (24%) et non comme s’il avait suivi l’évolution générale des salaires (environ 30%). Pour reprendre cet exemple, l’ancien SMIC à 1 154 € bruts est considéré à hauteur de 1 430 € et non 1 500 €, baissant d’autant la retraite calculée.

Cette ruse est utile lorsque les prix sont bas, car elle diminue les retraites sans y paraître. Sur toute une carrière, une telle baisse des salaires annuels peut avoir un effet considérable, d’autant plus en calculant sur les 25 meilleures années. Et elle a un effet encore plus marqué pour les carrières les plus précaires pour qui les meilleures années remontent plus loin dans le passé que les carrières en progression constante ou sans épisode de chômage.

Nous y mettrons fin, en rétablissant un mode de calcul maintenant le niveau de vie des retraité·e·s par rapport aux salarié·e·s : tous les salaires passés seront indexés sur l’évolution annuelle moyenne des salaires.

Cette arnaque sur le salaire d’entrée s’accompagne d’une autre arnaque sur le montant de la retraite. Celle-ci peut avoir lieu chaque année si le gouvernement décide de geler les montants des retraites versées. Ainsi, en 2018, le gouvernement a cessé d’augmenter les retraites en fonction de la hausse des prix. Même si les loyers et les produits de première nécessité explosaient, les retraités devaient y faire face sans coup de pouce. Heureusement, la mobilisation des Gilets jaunes a permis de revenir sur la décision concernant les retraites inférieures à 2 000 € par mois.

Mais, ce sursis est provisoire et laisse un quart des retraité·e·s de côté.

Nous en ferons une règle d’or : garantir à tou·te·s les retraité·e·s que leur pension suivra chaque année la hausse des prix.

Nous ne sommes pas d’accord. Nous préférons que les retraites soient indexées sur les salaires. Je ne comprends pas pourquoi vous souhaitez maintenir l’injustice du système actuel dans ce domaine.

Je vous avoue que votre analyse ci-dessus n’est pas très solide, et que je ne suis pas sûr de bien suivre votre raisonnement.

GESTION DÉMOCRATIQUE PLUTÔT QUE PILOTAGE AUTOMATIQUE !

Pour ne pas assumer sa politique, le gouvernement introduit un « pilotage automatique » des retraites. La manière de fixer chaque année le montant des pensions dépendra de l’âge pivot (en-dessous duquel on perdra une partie de la pension) et de la valeur du point. C’est la réforme perpétuelle et sans consultation ! La création du système par points lui-même a été confiée à de soi-disant « expert·e·s » : l’avenir de nos retraites est capturé par des instances technocratiques. Ces dernières décident de ce qui est « problématique » et décrètent les solutions à apporter, sans consulter aucun·e assuré·e !

C’est complètement faux, à la limite mensonger. Depuis l’origine, la gestion des caisses de retraites est confiée à leurs cotisants. Nous renforçons, au titre IV de la loi, les compétences de la gestion paritaire. Nous créons la CNRU dans le but de regrouper et de solidifier cette gestion qui, comme vous le revendiquez, appartient à ceux qui cotisent, et donc pas à un parti politique.

L’accusation de pilotage automatique est surréaliste, et fait peu de cas de la qualité de nos instances de démocratie sociale, alors que vous en avancez les avis à l’appui de vos thèses en permanence. Cette opinion est extrêmement déroutante venant d’un parti de transition « de gauche ».

La Sécurité sociale appartient à ceux qui cotisent. Nous rendrons aux syndicats de salarié·e·s, d’indépendant·e·s et de fonctionnaires un véritable rôle dans le pilotage de la Sécurité sociale. Mais surtout, nous rétablirons les élections à la Sécurité sociale, tenues de 1945 à 1967 puis, à nouveau, en 1983.

C’est aux assuré·e·s de décider comment se répartissent les syndicats qui les représentent et administrent leurs cotisations, afin de rétablir de la démocratie sociale dans le pays. On pourrait également imaginer ouvrir les élections à toute personne ayant déjà cotisée. Que le Medef se présente donc, afin de mesurer sa représentativité ! Le salaire brut, tout entier, appartient aux travailleur·euse·s, ils doivent donc pouvoir peser sur les décisions et leurs syndicats ne peuvent être relégués à une simple gestion des caisses de retraites.

Cette proposition a le mérite d’être claire. J’en prends acte, vous récusez la représentativité des syndicats. Je prétends, mois, que les salariés « décident comment les syndicats se répartissent » par les élections professionnelles, ainsi que les représentants des employeurs, qui sont également élus par leurs pairs (il n’y a pas que le MEDEF, qui n’est que l’un des représentants…).

Et que pensez-vous de notre proposition de « conseil citoyen » dans la nouvelle gouvernance (titre IV du projet de loi) ?

L’IMPÉRATIF ÉCOLOGIQUE, UN ATOUT

Réformer les retraites, c’est se projeter dans le temps long. Or, l’horizon de notre époque est le dérèglement climatique et la menace sur la survie de tous les humains, car il n’y a qu’un seul écosystème compatible avec la vie humaine. Face au défi climatique, la planification écologique que nous proposons permettrait d’engager la bifurcation de notre modèle et de créer plus d’un million d’emplois.

Je vous rappelle que cette augmentation correspondrait à 3% d’actifs en plus alors que nous parlons de 50% de pensionnés en plus… C’est intéressant, mais cela ne règle pas les questions de recherche d’un certain niveau d’équilibre du système.

Toute société doit pouvoir compter sur des services publics solides et des mécanismes d’entraide résistants. Anticipant les conséquences de catastrophes naturelles comme celles que nous connaissons déjà, il est probable que le pays ait à faire appel à des mobilisations civiles et à certains secteurs d’activité. Les catastrophes naturelles sont déjà présentes. Des cours d’eau qui débordent à cause de crues sur des sols secs ou artificialisés, des éboulis dus à la déforestation, des destructions de fait de vents importants en outre-Mer. Il nous faudra être en mesure de répondre rapidement et en mobilisant parfois des citoyen·ne·s plutôt que l’armée. Nous souhaitons donc encourager les mobilisations civiles, tout en assurant aux personnes qui répondront à l’appel d’être récompensées pour leur sens de l’intérêt général.

Nous proposons que chaque mobilisation civile d’un·e citoyen·ne pour nécessité environnementale donne accès à des trimestres supplémentaires permettant de partir plus tôt en retraite.

Cela fait partie du projet : des points pourront être octroyés pour ces engagements citoyens, d’élus locaux ou associatifs… C’est plus facile et plus transparent à mettre en place avec un système par répartition à points qu’avec le système éclaté actuel : dans un système par trimestre, avec de nombreux régimes spéciaux et autonomes, comment accordez-vous ces avantages, à engagement citoyen constant, à un enseignant, à un cadre du privé, à un chômeur, sans recréer de l’injustice ? Vous souhaitez qu’être président d’un club sportif dans une commune deviendrait plus avantageux en fonction de mon niveau de protection et de retraite ? Est-ce que cela ne reproduirait pas les inégalités, y compris dans le champ citoyen ? Le système à points est le plus simple et le plus juste pour toutes ces mesures de solidarité nationale.

L’abaissement de la retraite à 60 ans est la condition de survie de nombreuses activités bénévoles. Aujourd’hui, les retraité·e·s portent déjà à bout de bras des dizaines de milliers d’associations. Plus de la moitié des dirigeant·e·s associatif·ve·s sont à la retraite !

Le maintien du niveau de vie des retraité·e·s augmentera l’espérance de vie de toutes et tous, en bonne santé. Une réforme des retraites réellement écologiste s’inscrit dans un projet de société global qui doit permettre de partir plus tôt et de mieux vivre grâce à des services publics de qualité, notamment dans la santé, un accès à une alimentation de qualité, respectueuse des personnes et de l’environnement.

Ce sont de grandes déclarations avec lesquelles il est difficile de débattre. Je n’en suis que plus impatient de comprendre, dans votre projet ci-dessous, quelles seront vos solutions pour mettre en place un système garantissant l’équilibre à moyen terme.

En outre, nous piloterons avec rigueur les stocks financiers qui alimentent les pensions : aujourd’hui, le Fonds de réserve pour les retraites, constitué de 130 milliards d’euros, n’hésite pas à investir dans Monsanto, Total ou l’industrie du tabac ! Le rétablissement des cotisations sociales à la place des produits financiers est donc une nécessité. La fin du monde et la fin du mois sont bel et bien le même combat !

Plusieurs surprises dans ces annonces :

  • Qui pilotera les stocks dont vous parlez ? Vous souhaitez les nationaliser ? Ces réserves sont gérées aujourd’hui par les partenaires sociaux, et, dans votre projet, par les cotisants. Leurs décisions leur appartiennent, il me semble… La gestion paritaire est l’un des fondements du système par répartition.
  • Je comprends que vos souhaitez que des « stocks financiers » financent les pensions. Cela me semble aussi en contradiction avec les fondements d’un système par répartition, qui répartit, justement, le flux des cotisations des actifs de l’année N vers les pensionnés de l’année N.

FINANCER NOS RETRAITES

Le gouvernement veut bloquer à 14% du PIB la part des richesses qui revient aux retraités alors que leur nombre va augmenter. Au contraire, nous souhaitons équilibrer progressivement le système à la hauteur nécessaire à nos objectifs politiques et aux impératifs sociaux. Plutôt que de maintenir une même taille de gâteau et d’y couper de plus petites parts, nous défendons le choix de cuisiner un gâteau plus gros. C’est d’ailleurs ce qui a été fait jusqu’à présent.

Le programme du candidat Emmanuel Macron lui-même l’écrivait : « le problème des retraites n’est plus un problème financier. Les travaux du Conseil d’orientation des retraites, qui font référence, le montrent : pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d’envisager l’avenir avec “ une sérénité raisonnable ” selon le Comité de Suivi des Retraites. L’enjeu aujourd’hui n’est donc pas de repousser l’âge ou d’augmenter la durée de cotisation. »

Oui, les questions de financement ne sont pas la motivation première de cette réforme, dont les mesures principales sont l’élargissement du régime général obligatoire (universalité) et le passage d’un système à points qui est beaucoup plus lisible dans le temps long.

D’après le Conseil d’orientation des retraites, il faudra trouver une dizaine de milliards d’euros à l’horizon 2025 pour assurer le financement du système actuel. C’est peu au regard de la totalité des recettes et des dépenses. Avec les droits nouveaux que nous proposons, le besoin de financement est plus élevé.

Mais l’équilibre sera assuré en augmentant progressivement jusqu’à 16% du PIB les dépenses de retraite à l’horizon 2040.

Comment décidez-vous « d’augmenter la part du PIB consacrée aux retraites » ? Vous levez un impôt, ou vous imposez aux partenaires sociaux de nouvelles cotisations ? Si vous levez un impôt, c’est une décision annuelle, qui doit être votée au PLFSS chaque année, et n’est pas un gage de stabilité à long terme. Si vous imposez aux partenaires sociaux des taux de cotisations augmentés, comment le chiffrez-vous, comment passez-vous de 2 points de PIB au taux correspondant de cotisation sur les revenus, et comment les répartissez-vous entre cotisants ? Quel est le nouveau pourcentage sur les revenus, j’espère que vous me donnerez ce taux dans votre projet ci-dessous ?

Augmenter la part solidaire de notre économie est nécessaire : partir à 60 ans, sans pauvreté, réduire les inégalités de parcours, cela a un « prix ». Mais il n’a rien d’exorbitant. Explications.

MOBILISER LES RÉSERVES IMMÉDIATES

Plusieurs pistes permettent de lever de nombreux milliards d’euros à court terme. Des sommes sont d’ores et déjà disponibles et inemployées. Les réserves financières entreposées dans les différents régimes spécifiques de retraite et dans le Fonds de réserve pour les retraites représentent un stock de 130 milliards d’euros.

Je ne comprends pas : donc vous mettez fin aux régimes spéciaux ? Comme nous le proposons ? Comment procédez-vous ?

La Caisse d’amortissement de la dette sociale devrait ainsi rapporter 24 milliards d’euros annuels dès 2024. L’argent est là et le système ne présente aucun problème financier.

Ce n’est pas très sérieux, et généralement, il faut commencer par le chiffrage des nouvelles charges que vous créez…

A la louche, et au minimum, il faudra trouver 50 milliards d’euro par an environ (2 points de PIB), ce qui correspondrait à une augmentation des cotisations d’environ 50/325 = 15 à 16%. Les cotisations retraites devraient donc passer d’environ 25% aujourd’hui à plus de 40% aujourd’hui. Comment répartissez-vous cette augmentation assez brutale sur les différentes catégories de revenus ? L’ordre de grandeur est de nature, par exemple, à absorber l’impôt sur le revenu des entreprises, qui est, je vous le rappelle versé à l’état avant l’éventuel distribution de dividendes…

Rappelons également que l’ensemble de la dette sociale (incluant celle du système de retraites, de l’assurance maladie, de l’assurance chômage, etc.) ne représente que 9 % de la dette publique totale.

C’est-à-dire environ 190 milliards d’euros quand même à comparer à un peu plus de 325 milliards de pensions aujourd’hui…

D’autres marges de manœuvres existent. De manière générale, toute augmentation des salaires représente mécaniquement une rentrée de cotisations et donc de l’argent pour financer les retraites d’aujourd’hui.

Pour susciter les 2 points de PIB que vous souhaitez, sans changer le niveau de cotisation, il faudrait donc augmenter les salaires de 15 à 16%. Qui le décide ? Vous l’imposez aux employeurs par la loi ? Comment l’état employeurs s’y prend-il, quel part en prend-il ? J’espère que ces éléments seront présentés dans votre projet ci-dessous…

L’égalité salariale entre les femmes et les hommes pourrait dégager 5 milliards d’euros par an (ça ne correspond qu’à 10% des besoins que vous revendiquez…). En augmentant les salaires des femmes pour les aligner sur les salaires des hommes, on règle une grande partie du besoin instantané de financement. Renforcées par la loi PACTE de 2018, les niches fiscales sur les retraites complémentaires nous privent de 5 milliards d’euros supplémentaires.

Même question : comment imposez-vous cette égalité salariale par augmentation unilatérale ? L’égalité salariale se travaille aussi par l’égalité devant le recrutement, le contrôle de nos récentes mesures…

Nous les supprimerons. Nous reviendrons enfin sur l’exonération de cotisations patronales nées de la transformation du CICE.

(L’effet de l’exonération est assez limité par rapport aux besoins que vous revendiquez)

En outre, des transferts internes à la Sécurité sociale, depuis l’assurance chômage et la branche famille, assurent 5% du montant des pensions. Toute politique favorable à ces branches, qui les met en excédent, se répercute indirectement positivement sur le financement des retraites.

Je comprends donc que vous souhaitez élargir l’assiette et revenir à l’universalité du système qui était recherché au début du système. Nous partageons donc dans ce domaine le même objectif.

PARTAGER LES RICHESSES

Mais à long terme, la question des retraites est une question de partage de la richesse produite. Depuis les années 1980, la part des dividendes versés aux actionnaires a triplé. En 1983, on travaillait en moyenne deux semaines par an pour les actionnaires ; aujourd’hui plus de six semaines. Voici où trouver l’argent.

Pour partager les richesses produites, il est urgent de redonner au travail sa juste place en augmentant les salaires et partageant le temps de travail.

Comment procédez-vous ? Vous imposez une augmentation de salaires généralisée ? Qui décide de cette augmentation de salaire de l’ordre de 15 à 16% ? Vous l’imposez à tous les employeurs, y compris à l’état ? C’est un débat qui dépasse largement celui de ce texte, il me semble. Nous parlons ici d’une réforme des retraites : reconnaissez que les injustices du système actuel pourraient être réglés avec pragmatisme sans attendre.

Et, de conviction personnelle, je sais que ce genre de dirigisme centralisé ne marche pas…

Même s’il n’existe pas de leviers juridiques immédiats pour déplacer le partage de la valeur ajoutée, (oui, effectivement, donc comment procédez-vous exactement ?) Cet objectif implique d’en finir avec les politiques libérales et comptables qui assèchent l’activité et diminuent le montant des ressources sociales.

Le partage de la richesse entre salarié·e·s et actionnaires a été profondément déformé en quarante ans. Chaque année, les actionnaires s’approprient plus de 150 milliards d’euros (8 points de PIB) qui devraient revenir aux salarié·e·s.

Alors que nous n’avons besoin que de 2 points de PIB dans 20 ans pour des retraites dignes ! Augmenter la part consacrée aux salaires et aux cotisations, c’est aussi financer nos retraites socialisées. La seule application de la cotisation vieillesse déplafonnée (voir glossaire) à 2,3% sur cette somme suffit ainsi à lever 4,4 milliards. Quant à la cotisation plafonnée portée à 15,45% sur les mêmes salaires, elle générerait plus de 20 milliards d’euros par an.

Augmenter le volume de salaires versés permet aussi d’en augmenter la part dans la richesse nationale. Une stratégie de planification écologique subordonnée à la règle verte (ne pas prendre d’avantage à la nature qu’elle ne peut reconstituer) constitue l’instrument majeur de création d’emplois.

Par exemple, atteindre 100% d’énergies renouvelables à horizon 2050 nécessite la création de 400 000 emplois. Transformer notre modèle agricole pour passer d’un modèle intensif en chimie à l’agriculture paysanne relocalisée, intensive en emplois et plus respectueuse de l’environnement requiert 200 à 300 000 nouveaux emplois paysans. La mise en place de notre plan pour une économie de la mer repose sur 200 000 emplois nouveaux. Autant de cotisations supplémentaires pour financer les retraites à court terme : 100 000 emplois créés, c’est 1,3 milliard d’euros de cotisations.

Oui, mais ça représente à peine 2% des montants que dont votre projet a besoin !!!

De plus, le temps partiel subi, le chômage et le sous-emploi nous privent des talents professionnels susceptibles de ramener à l’équilibre financier nos régimes de Sécurité sociale. Actuellement, 1 million d’employé·e·s gagnent moins de 855 € par mois avec leur emploi. Les porter au SMIC rapporterait à court-terme des centaines de millions d’euros supplémentaires et permettant de reprendre une part de la richesse produite aux actionnaires.

Est-ce que vous proposez d’appliquer le SMIC au temps partiel ? je ne suis pas sûr de l’acceptabilité par les travailleurs et par les mouvements de tradition « de gauche » de voir l’inactivité même partielle, rémunérée comme le travail…

COTISER PLUS ET COTISER MIEUX

Les options proposant uniquement une augmentation de la masse salariale sont cependant des solutions neutres sur l’équilibre à long terme, car les montants de retraite à servir augmentent proportionnellement. L’augmentation du taux de cotisation en parallèle de l’augmentation des salaires est donc le principal levier pour financer notre projet. Cela ne signifie pas que les salaires nets devront baisser, ils continueront à croître. Depuis 1967, le taux de cotisation de la Caisse nationale d’assurance vieillesse des travailleurs salariés (CNAVTS) a doublé : il est passé de 8,5% à 17,75%. Cette réévaluation permettra de consacrer une petite partie des hausses de salaire aux retraité·e·s.

Avec un point de cotisation en plus, les caisses d’assurance-vieillesse reçoivent environ 5 milliards d’euros supplémentaires. Nous proposons de les porter à hauteur de 19% au terme d’une négociation collective nationale, soit une hausse d’1,25 point.

Non. Cela ne suffit pas à financer votre projet. Augmenter les cotisations d’1,5 points, cela représente 4,5 milliards, c’est-à-dire moins de 0,2% de PIB là où vous en revendiquez… 2% ! L’augmentation nécessaire des revenus pour vos besoins de financement est de l’ordre de 15%, vous en êtes loin !

Cotiser plus en gagnant plus : si je gagne 2 500 € brut, que les taux de cotisation vieillesse augmente d’un point et que je reçois une hausse de salaire de 2%, que se passe-t-il ? Au lieu d’acquitter 444 € de cotisations sur un salaire de 2 500 €, j’en acquitte 478 € sur un salaire de 2 550 €.

Bilan : il me reste 2 071 € net, contre 2 056 € nets auparavant. Tout le monde y a gagné, mon salaire et nos retraites !

Oui, mais pas suffisamment pour que tout le monde parte à 60 ans en augmentant les pensions…

En outre, rappelons-nous que la Sécurité sociale a un budget séparé de celui de l’État. Équilibrés sous le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), les comptes de la Sécurité sociale ont été déséquilibrés par les exonérations massives de cotisations sociales depuis 2002. Ces exonérations étaient encore compensées par le budget de l’État en 2019, à hauteur de 40 milliards d’euros par an. Mais Macron a fait adopter une disposition pour mettre fin à cette compensation automatique. Il vide les caisses pour imposer des mesures d’austérité : récupérons l’argent et réintroduisons la compensation automatique !

Expliquez-moi exactement ce que vous voulez dire. Cela relève des décisions du PLFSS, chaque année, et je ne vois pas à quelle décision du Président de la République vous faites allusion. D’autant que je vous rappelle que l’état est également compensateur du système paritaire par d’autres mécanismes (CSG, cotisations, solidarité…)

De plus, certains revenus ne cotisent pas à l’assurance vieillesse. Dans de nombreux cas, ce sont des rémunérations détournées de l’assiette salariale et qui doivent participer à la solidarité : l’intéressement, la participation, les stocks-options, l’épargne salariale et l’indemnité des sénatrices et sénateurs seront frappés d’une cotisation déplafonnée à 2,3%. Cette dernière pourrait rapporter près d’un milliard sur l’ensemble de ces cinq types de revenus.

Cela fait donc moins de 2% des revenus que vous revendiquez (0,04 points de PIB, là où il vous faut 2 points de PIB).

Mais si elle s’appliquait également aux revenus financiers des entreprises, elle pourrait lever jusqu’à 8 milliards d’euros de recettes complémentaires pour assurer les plus âgé·e·s d’entre nous.

D’une part, je comprends que vous souhaitez imposez les revenus financiers des entreprises. Comment l’organisez-vous ? Quel assiette, prélèvement sur le capital, sur les dividendes, avant impôt ou après impôt ? Et, encore une fois, 8 milliards ne constitue que 13% des recettes supplémentaires que vous revendiquez (0,3 point de PIB là où vous en revendiquez 2%).

Enfin, l’harmonisation par le haut au sein d’un système unique améliore la lisibilité de la Sécurité sociale. La difficulté des citoyen·ne·s à se mobiliser réside aussi dans l’éclatement et la complexité technique du système. Nous le voyons chaque année au moment de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (pour ce gouvernement, cela ne fait que deux ans, et il n’y a pas eu que des mauvais coups…) : les mauvais coups du gouvernement portés à notre Sécurité sociale ne trouvent pas toujours un écho dans l’opinion en raison de leur caractère technique. Leurs effets sont pourtant très concrets sur la vie quotidienne de millions de personnes. Outre la multiplicité des statuts (oui, effectivement, la multiplicité des statuts est un obstacles à la transparence de la solidarité nationale), certaines contributions consenties par les salarié·e·s sont elles-mêmes floues : le forfait social, par exemple, finance aussi bien les risques de maladie que de vieillesse, sans contribuer directement à la Caisse nationale d’assurancevieillesse mais en étant versé dans le Fonds de solidarité vieillesse. Nous établirons une feuille de paie lisible, grâce à laquelle tous les salarié·e·s sauront clairement le taux et la destination de chacune des cotisations dont ils s’acquittent. Ils réaliseront que toute « exonération » leur retire quelque chose !

L’harmonisation par le haut au sein d’un système unique en améliore la lisibilité. Elle permet aux assuré·e·s de mieux comprendre les ressorts de leur couverture sociale et de pouvoir participer à sa défense.

Je suis surpris d’arriver à la fin de votre projet, qui prétend renforcer la « répartition », sans avoir plus d’information sur cette répartition.

De quoi s’agit-il ? Si nous défendons le système par répartition, la question centrale est bien de répondre à la question comment répartissons-nous (l’ensemble des cotisations) ? Je n’ai rien vu dans votre projet concernant le plafonnement des très hautes pensions, la réduction de l’éventail des pensions versées, le pilotage la question du rapport actifs sur pensionnés : vous vous attardez abondamment sur l’augmentation absolue du nombre des pensionnés, comme un problème, alors que, le fameux gâteau augmentant beaucoup plus vite, l’augmentation absolue du nombre des pensionnés est un signe du dynamisme et de la qualité de vie de notre société. Si vous baissez l’âge de la retraite de la façon radicale que vous annoncez, ce rapport serait fortement impacté, et c’est le défi majeur de notre système de répartition : il s’agit moins de réponde à la question ‘comment augmenter la part prélevée sur le revenu des actifs vers les pensionnés’ (a priori suffisante et croissante, peu menacée si nous avons de bons outils de pilotage), mais surtout comment répartir cette part, de façon plus juste et équitable, quand nous passons de 4 actifs à 1,3 actif pour 1 pensionné.

Cette absence me surprend, car, comme nous l’avons souvent dit, et contrairement aux intentions qu’on nous prête, notre réforme recherche à préserver le système par répartition : l’équilibre du système est à peu près le même que nous réformions ou que le système actuel perdure. Le sujet est d’une part de pérenniser le système par répartition en élargissant les assiettes (à 1,3 actif pour un pensionné, il est beaucoup plus important d’avoir un système le plus étendu possible), d’autre part en créant des outils de pilotage plus clairs et plus homogènes : d’où les deux principes majeurs de cette réforme : l’élargissement du régime général à 28% jusqu’à 120 keuros (99% des personnes) ; et le point, qui permettra aux partenaires regroupés dans la gouvernance paritaire plus cohérente de mieux piloter cette répartition.

Conclusion :

Notre système de retraites actuel est l’un des plus protecteurs au monde.

Oui, d’accord, mais il faut le réformer pour en protéger l’avenir. Non pas pour des raisons financières, mais parce qu’il n’est plus lisible et peu adapté aux nouvelles carrières et trajectoires de vie.

Il n’est pas du tout en faillite.

D’accord. Mais il faut faciliter son pilotage renforcé par les partenaires sociaux.

De nombreuses marges de manœuvre financières sont à disposition. Pour autant, il a subi les coups de canif répétés de 30 années de réformes libérales. Il peut être amélioré en revenant aux fondamentaux de la Sécurité sociale. Alors, pourquoi vouloir briser les mécanismes de solidarité entre générations et au sein d’une même génération ?

Effectivement, ce n’est pas l’objectif de notre réforme.

Tandis que les jeunes peinent à s’insérer dans l’emploi et que les actifs de plus de 60 ans sont en grande partie au chômage ou en arrêt maladie, pourquoi allonger la durée du travail ?

Parce que nous avons fait le choix de ne pas baisser les pensions, et de ne pas augmenter les cotisations. C’est le paramètre que nous avons estimé le plus pertinent, sous réserve de prendre en compte bien entendu la pénibilité, le handicap, et les carrières longues, ce que nous avons prévu de façon beaucoup plus forte que dans le système actuel, et beaucoup plus précise que dans votre projet.

Pourquoi introduire « un âge pivot » à 64 ans qui se reportera chaque année davantage ?

Parce que cela nous permet de réduire l’âge de la fin de la décote (aujourd’hui à 67 ans pour des assurés qui sont à 80% des femmes…), et que c’est l’outil logique par rapport au choix de paramètre que nous avons fait.

Je suppose que c’est également pour cela que votre projet prévoit un départ à 60 ans, mais exige 40 annuités, ce qui de facto reporte, dans l’état des informations transmises dans ce fascicule, après 65 ans pour les (nombreuses) personnes ayant commencé leur carrière après 25 ans.

La financiarisation de notre économie met en danger les biens communs et donne au capital toujours plus de rentes. Le modèle libéral et austéritaire fait grimper les profits toujours plus haut, au détriment des revenus du travail qui ne permettent plus de vivre dignement pour beaucoup. Pourquoi inventer un système par points qui, parce qu’il rendra indigent la répartition des pensions, sera juteux pour les assurances privées ?

Notre système élargit le système de régime général obligatoire par répartition à 99% des assurés et à 97% des revenus, tout en augmentant de quelques points le taux de cotisation. Nous ne rendons pas le système indigent, nous le renforçons en tout cas par rapport à la situation actuelle.

Pourquoi casser la stabilité d’un système qui a fait ses preuves et diminuer les retraites du grand nombre ? À raison, la majorité des Français·e·s ne le comprend pas.

Nous ne diminuons pas la valeur des retraites (sauf pour les très hautes retraites versées par les régimes complémentaires des plus hauts revenus), puisque 47% de personnes pensionnées en plus se partagerons un ‘gâteau’ plus de deux fois plus gros.

Le gouvernement essaie de détourner la colère par des éléments de langage qui font passer des vessies pour des lanternes. « L’universalité » vantée du dispositif est l’arnaque du siècle. C’est une négation de la pénibilité, des facteurs structurels des inégalités femmes – hommes, des différences d’espérance de vie en fonction des métiers.

Non, c’est faux. Toutes ces mesures sont dans le texte. L’universalité, c’est la convergence public – privé, c’est la fin des régimes spéciaux, c’est l’extension sans précédent du régime général…

Le projet macroniste est une fabrique de perdant·e·s.

C’est un projet porté par des partenaires sociaux et par des mouvements politiques depuis depuis plusieurs décennies. Ce n’est pas une réforme inventée par la majorité actuelle.

Sous le prétexte d’égalité entre les euros cotisés, il brise les solidarités qui existent envers les carrières précaires et les salaires les plus modestes.

Le renforcement et l’extension du régime général à 99% des personnes et 97% des revenus, le relèvement du plafonnement des cotisation, le plafonnement des très hautes pensions, constituent des mesures qui défendent les solidarités.

Une autre logique permettrait d’approfondir la solidarité de notre système de retraites. Elle repose sur l’extension des droits et la mise en commun croissante des richesses. Elle nécessite d’être à l’écoute de la population qui refuse leur grande régression. Elle suppose d’affronter les lobbies privés et les intérêts des banques et des assurances. Notre ambition, c’est que nos enfants vivent, demain, mieux que nous.

Ces mesures nécessitent surtout d’être financées, ce qui signifie, dans un système par répartition, d’être financées par les cotisations des actifs de l’année concernée. Je n’ai pas vu dans votre projet comment vous faisiez pour ramener ces fameux deux points de PIB dans le système : vous ne voulez pas le faire par l’impôt, pour préserver les principes de la répartition, et vous n’expliquez pas comment augmenter les salaires d’environ 16%…

« On vit plus longtemps, on doit donc travailler plus longtemps », répètent en boucle les défenseurs de cette réforme inique. C’est le vieux monde qui s’exprime. Celui qui ne voit pas que la productivité a augmenté et que les enjeux de demain ne sont pas seulement gestionnaires. Si l’on veut sérieusement répondre à l’urgence climatique, il faut redéfinir les besoins. Repenser ce que l’on produit et partager les temps de la vie.

Je n’ai pas vu cette redéfinition des besoins dans votre projet : ce que l’on produit, c’est le PIB ; je n’ai pas vu de projection et d’hypothèses de l’évolution « durable » du PIB. Le partage des temps de la vie, c’est, si j’ai bien compris, 40 annuités de cotisation (et non pas un départ systématique à 60 ans – il y a du flou dans votre projet).

La vision du gouvernement est technocratique et soumise aux normes du marché. Leur logique par points passe à côté de l’essentiel : la solidarité et le progrès humain. Nous lui opposons toutes les raisons de garantir demain, pour chacune et chacun, une retraite digne et des jours heureux.

Votre vision me paraît dogmatique. Le projet, tel que vous le présentez dans ce document, est en tout cas incompréhensible et brouillon, en particulier parce que vos mesures ‘slogans’ (60 ans, égalité entre travail et inactivité) ne sont pas détaillées ; les arbitrages ne sont pas faits ; le financement, à ce stade, apparaît irréaliste (16% d’augmentation générale des revenus).

À propos de l’auteur

Frédéric Petit - Député des français établis à l'étranger administrator

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