EducationFrançais dans le mondeDroit de réponse à l’article de Cécilia Gondard : « les familles paieront les frais de la crise »

Le 12 mai 2020, le petit journal a publié une Tribune de Cécilia Gondard, 1ère secrétaire de la fédération des Français de l'Etranger du PS sur la privatisation du réseau d’enseignement français à l’étranger. J’ai décidé d’y répondre.

Voici ma réponse à la Tribune de Cécilia Gondard, 1ère secrétaire de la fédération des Français de l’Etranger du PS intitulé « Les famille paieront les frais de la crise »  publiée par lepetitjournal.com :

Chère Madame,

Je partage vos inquiétudes sur le statut des avances annoncées. Les conditions pratiques de cette aide sont en cours de réflexion et seront bientôt négociées. L’Assemblée nationale travaille sur le sujet dans le cadre de la mission d’information Covid19.

Présidant le groupe de travail transpartisan sur le sujet (nos positions sont pratiquement unanimes), je vous invite à la prudence, et ne peut être d’accord avec un grand nombre de vos affirmations et revendications. Le terme de “privé” est en effet réducteur, puisque ces établissements sont dans leur immense majorité “non lucratifs”. Les autres, procurent des rémunérations comparables et souvent inférieures à celles pratiquées dans le public. Le réseau est de plus ‘privé’ à 85 % aujourd’hui, merci de le rappeler avant d’annoncer que ce pourcentage passera au-delà de 90 % en 2030.

Les 70 EGD (sur 522 établissements dans le monde) n’accueillent qu’à peine 30 000 enfants non-français. Le financement public revendique un rôle de rayonnement, qui est déjà aujourd’hui assumé à 90 % par des établissements que vous appelez privés, que j’appelle associatifs ou de droit local. Concentrer les 100 millions d’aide éventuelle sur les seuls EGD, alors que cette somme est revendiquée au nom de ce rayonnement, risque d’être un détournement (à moins d’être distribuée à concurrence et proportionnellement).

Les rémunérations de nos 5 000 fonctionnaires détachés sont en moyenne deux fois supérieures à celle des 31 000 autres enseignants qui font le même travail à leurs côtés, y compris dans les EGD : il y a un enseignant détaché pour deux locaux dans les EGD aujourd’hui, et un pour quatre dans les conventionnés (et aucun, bien entendu, dans les 300 établissements partenaires). Ces rémunérations sont parfois voisines de très bons salaires de cadre dans les entreprises internationales privées et lucratives. C’est souvent un point d’achoppement avec les familles des EGD. Par ailleurs, les homologations ne dépendent pas de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), bien entendu, mais du ministère de l’Education nationale (DRIEC). Merci de ne pas créer de confusion.

Au-delà, et sur le fond, je suis perplexe quant à la logique de votre démarche de “service public français sur le sol étranger” :

– Le coût pour le contribuable devrait passer d’environ 400 millions d’euros aujourd’hui à 800 millions pour les seuls EGD, et à plus de 7 milliards pour la totalité du réseau, à date, et une dynamique d’environ 10 % par an. Merci de l’assumer et de traduire votre revendication en chiffres. Je vous rappelle que le coût total de notre diplomatie n’est que de 5 milliards.

– Le principe même révèle une connaissance approximative des statuts de l’Agence, qui lui donnent également comme objectif la coopération éducative dans le monde.

Votre vision d’imposer notre système strictement, à 100 % et sous cloche, dans tous les pays du monde, est non seulement irréaliste, financièrement et juridiquement, contraire à ces statuts, mais me choque également politiquement : je l’assimile à un néo-colonialisme. Que diriez-vous si sur le sol français un Etat étranger venait éduquer nos enfants au nom de son propre “service public”?

Vous êtes aveuglée par des revendications partielles syndicales, tout à fait honorables d’ailleurs, et qui n’ont pas besoin d’être cachées sous des simplifications ou des anathèmes. Mais ces personnels doivent accepter de s’inscrire dans une vue beaucoup plus exacte de la réalité du réseau aujourd’hui, et dans une vision beaucoup plus complexe et ambitieuse de la place de la France dans le Monde du XXIème siècle.

Le réseau aujourd’hui porte autant d’injustices et de fragilités, que de richesses et de promesses.

Très cordialement,

Frédéric Petit

Votre Député

Je me suis engagé en politique pour rendre ce qu’on m’a donné. Je suis né en Provence, ai grandi en Lorraine. Aujourd’hui encore, ces deux territoires continuent d’exercer sur moi leur empreinte. Mais ma vie personnelle et professionnelle (entrepreneur dans le public et le privé) est surtout marquée par les voyages et la rencontre avec l’autre (Cameroun, SaarLorLux, Lituanie, Pologne, Egypte, Europe centrale et Balkans). Contrairement à la violence ou l’isolement qui sont mortifères, le conflit est nécessaire à la vie. C’est pourquoi j’ai souhaité me former à la médiation. C’est elle qui constitue le fil rouge de tout mon parcours de vie et professionnel.

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Député des Français établis à l’étranger.

Allemagne, Europe centrale, Balkans

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