CirconscriptionCommission Affaires étrangèresEducationEurope/Franco-AllemandUkraine : derrière la guerre, ce sont deux modèles culturels qui s’affrontent

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Jeudi 24 février 2022 à l'aube, le président russe Vladimir Poutine a lancé ce qu'il a appelé une «opération militaire spéciale» contre son voisin, l'Ukraine. Le matin même de l'attaque, j'ai pris la parole en hémicycle pour donner mon ressenti sur ce qu'il était en train de se passer sous nos yeux : une guerre culturelle. Dans cet article, j'ai décidé de prendre le temps de vous livrer le fond de ma pensée, comme je me suis toujours attaché à faire durant mon mandat.
  • Que se passe-t-il actuellement en Ukraine ?

Vladimir Poutine a déclenché une guerre contre un État souverain dont il conteste la légitimité même. Il considère que l’Ukraine fait partie de la « Grande Russie » et que son gouvernement doit être subordonné au pouvoir central de Moscou, quel que soit l’habillage géopolitique qu’on lui donne.

Depuis 2004 et la révolution Orange, l’évolution de l’Ukraine et le désir d’Union européenne de ses citoyens, effraient au plus haut point Vladimir Poutine. Cette révolution a fait la preuve que le résultat d’un processus électoral pouvait échapper au contrôle du Kremlin.

La guerre a commencé dès 2004 par la guerre de l’information qui a permis le retour, en 2010, d’un président favorable au Kremlin ; A la suite des événements d’Euromaidan en 2013-2014, un travail de sape a ensuite été conduit contre les institutions démocratiques ukrainiennes, encore fragiles : corruption, inégalités, tensions sociales et culturelles faciles à exacerber pour les armées cyber et médias de Poutine, simplisme dangereux lors des échéances électorales…

L’expression « dénazifier l’Ukraine » que Poutine a utilisée pour justifier cette guerre, est une allusion historique habile à un courant nationaliste très minoritaire mais présent en Ukraine, et qu’il ne faut pas nier, qui s’est illustré notamment par la collaboration avec les envahisseurs allemands entre 42 et 44.

  • Pourquoi s’agit-il d’une guerre culturelle ?

Dans le conflit en Ukraine, ce sont deux modèles de société qui s’affrontent effectivement. D’un côté l’impérialisme russe, qui tolère les non-Russes, mais considère que les différents peuples doivent être fondus dans l’empire, malgré leurs langues, leurs cultures, leurs histoires, leurs intérêts parfois orthogonaux ; de l’autre l’Union européenne dont la devise est « unis dans la diversité », qui considère que des ennemis « héréditaires » peuvent s’accorder sur des intérêts communs, et a décidé que les conflits ne doivent plus être réglés par la force et la destruction de l’Autre. Ce n’est pas la première fois, sur le sol européen, que ces deux modèles s’affrontent…

  • Quel lien avec la République des deux nations ?

La République des deux nations  est l’un des exemples historiques de cet affrontement. Du milieu du XVIème jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, ce grand espace qui va « de la mer Baltique à la mer Noire » a été rassemblé dans un ensemble interculturel. Cette première fédération, qui fait suite à une série de rapprochements entre la Pologne et la Lituanie, lancés dès la fin du XIVème siècle, permet à des peuples très différents, en particulier lituanien (non slave) et polonais, mais aussi ruthène, Tatar, juif, hongrois, etc., de vivre dans un espace commun pendant plus de deux siècles, jusqu’à ce que cet ensemble disparaissent des cartes d’Europe lors du « partage » entre la Prusse, l’Autriche, et l’Empire russe à la fin du XVIIIème siècle (et jusqu’à la fin de la première guerre mondiale).

Lors de ses grands discours justificatifs et de réécriture de l’histoire, Poutine a cité cette République des deux nations, en expliquant que l’Empire russe en avait « libéré » les peuples (sic).

  • Cette guerre est-elle un échec de la diplomatie française et du président de la République ?

Non, au contraire. Emmanuel Macron a ramené l’Europe à la table des négociations et a montré publiquement et aux yeux du monde que Poutine ne respectait pas ses engagements.

Lors de la Conférence de presse qu’ils ont tenu ensemble à Moscou le 7 février, j’ai apprécié l’attitude du président de la République : il a été ferme sur ce que nous voyons, refusant de rentrer dans le jeu des relectures historiques incessantes et des revendications brutales et aléatoires, tout en prouvant qu’il entendait, voire précédait, des besoins légitimes de la Russie : besoin de sécurité, compréhension des difficultés de ces dernières décennies… L’agacement, puis l’outrance décomplexée de Poutine dans les jours qui ont suivi et jusqu’à la déclaration de guerre en sont, pour moi, la preuve.

Pour entrer en conflit avec l’Ukraine, Vladimir Poutine a également utilisé l’argument selon lequel les accords de Minsk de 2014 n’étaient pas respectés par la partie ukrainienne et a adopté une position victimaire. Or, je rappelle que tout comme la France et l’Allemagne qui sont parties aux discussions en ‘format Normandie’, visant à garantir la mise en place de ces accords, la Russie se devait de maintenir une position de garant extérieur entre le gouvernement ukrainien et les représentants des séparatistes. Justifier l’agression actuelle de la Russie par le non-respect par les gouvernements successifs ukrainiens de certaines clauses de ces accords est un non-sens, comme si un arbitre se mettait à tirer lui-même le pénalty. C’est sans doute pour justifier cette erreur, cet amalgame, dans sa guerre de communication, que Poutine a parlé de ce ‘génocide’ (même si la guerre dans le Donbass a tué des innocents également du côté des séparatistes) : il fallait bien expliquer pourquoi l’arbitre avait décidé de choisir un camp…

Le fait que la France et l’Europe aient tout tenté sur plan le diplomatique, légitime totalement aujourd’hui la prise de sanctions économiques sans précédent contre la Russie par les Européens. C’est une autre preuve que le président de la République est dans le vrai. Si la France et l’Europe n’avaient pas pu s’appuyer sur cette action déterminée, identifiée, incarnée même, les sanctions seraient apparues beaucoup moins logiques et légitimes, et sans doute beaucoup moins suivies.

  • Cette guerre est-elle de la faute de l’OTAN ? L’OTAN et l’Occident ont-ils trop provoqué la Russie ?

Non. Franchement, cette explication est une réécriture de l’histoire récente, qu’elle soit le fait de la Russie directement, ou relayée par des partis et faiseurs d’opinion à l’intérieur de l’Union européenne. Tout d’abord, l’OTAN n’a jamais « annexé » aucun pays. Il s’agit depuis toujours d’une alliance défensive, et le choix de leurs alliances militaires et de leurs architectures de sécurité, relève de la liberté des peuples, y compris pour la France, dont le degré d’adhésion à l’organisation atlantique a parfois évolué.

Que l’adhésion de pays d’Europe centrale à l’OTAN après leur accession à l’indépendance n’ait pas été anticipée par la Russie, voire même aurait été exclue par un engagement non écrit entre Russes et Américains, ne peut rendre cette adhésion illégitime aujourd’hui. Ni la Russie, ni les Etats-Unis n’ont à décider de qui s’allie avec qui.

Avant le déclenchement du conflit, il n’y avait surtout aucune nouvelle menace directe d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. La France et l’Allemagne avaient mis leur véto très clairement à cette question à Bucarest en 2008. De plus, la revendication formelle de Poutine pendant l’escalade qui a mené à la guerre ne concernait pas l’Ukraine, mais le retour à l’OTAN d’avant… 1997 ! Vladimir Poutine savait que cette revendication était inacceptable et même impossible techniquement.

L’argument selon lequel la Russie « se sent » agressée, même si cette agression est fantasmée, peut être entendu. J’y vois là plutôt une nostalgie de l’Empire. Emmanuel Macron a compris, de son côté, la nécessité d’ouvrir une nouvelle négociation sur l’architecture de sécurité européenne et il l’a formellement proposé à Poutine.

  • Êtes-vous pour la neutralité de l’Ukraine ? L’avenir de l’Ukraine est-il dans l’UE ?

Je suis pour la liberté des nations à choisir leurs alliances militaires. J’ai souvent précisé que l’Ukraine, le Bélarus, mais également les pays du Sud de la méditerranée devaient faire l’objet d’une politique de voisinage qui ne soit pas une hypothétique pré-adhésion, mais une réelle recherche d’architecture d’équilibre, comme un premier cercle de ‘voisins’.

Il me semble que l’Ukraine doit donc rechercher cette position d’équilibre dans ses alliances futures ; j’ai le sentiment que c’est le chemin que prennent aujourd’hui ses dirigeants.

Une relation saine entre l’Union européenne et l’Ukraine devra intégrer ce ‘double voisinage’, d’un côté, et de l’autre, mettre en place des outils pour se prémunir de la corruption et des faiblesses actuelles de l’administration ukrainienne. De mon point de vue, cela exclut un processus d’adhésion tel que nous le connaissons aujourd’hui à cause de la longueur de celui-ci. Il faudrait plutôt une autre forme d’association, moins inclusive mais beaucoup plus rapide et concrète sur le terrain, dans l’esprit des évolutions réglementaires que la France a proposées récemment.

  • Quelles voies pour s’en sortir aujourd’hui ?

 Trois urgences ou actions immédiates m’apparaissent :

  • Arrêter les massacres, les effusions de sang, les engrenages de la violence contre les civils et les innocents, la destruction du patrimoine productif et historique d’un pays déjà fragile avant la guerre.
  • Maintenir les canaux de discussions et de rencontres, ce que l’on appelle les « cadres » en médiation, éviter les anathèmes et les slogans faciles et simplistes. Maintenir des possibilités de coopération entre les peuples et leurs représentants et éviter de dresser des foules, physiques ou virtuelles, les unes contre les autres.
  • Maintenir et développer des présences officielles européennes sur le sol ukrainien, et auprès des institutions ukrainiennes.

Quelques observations précises et remontées de terrain me confortent dans cette triple urgence. Tout d’abord, la guerre a ressoudé les Ukrainiens autour de leur nation mais aussi de leurs institutions démocratiques. Il n’y a pas que la présidence de M. Zelenski qui reste au travail avec courage, mais tous les ministères, les parlementaires, les maires des grandes villes, au-delà de leurs affiliations politiques et partisanes. Cela peut provoquer une accélération du renouvellement des cadres et des dirigeants en sortie de guerre.

La notion de partis ou mouvements « pro-russes » en Ukraine est mise à mal par la violence de l’assaut, y compris sur des civils et des cités traditionnellement russophones. Poutine a perdu son pari que les « Russophones » (русский) se sentent automatiquement Russes (российский) et traitent directement avec les envahisseurs et leurs représentants.

Par ailleurs, la progression militaire de la Russie semble bloquée. Cette observation appelle énormément de prudence, mais constitue un élément fondamental de la suite, en particulier sur la forme que prendra l’architecture future de sécurité.

Le maintien par la France de son canal de discussion, l’intervention récente de la Turquie dans les efforts de médiation (avec tous les arrières plans géopolitiques qui conduisent à considérer cette intervention avec prudence pour la stabilité future), l’attitude mature des négociateurs ukrainiens ces derniers jours, tout cela semble aller dans le bon sens. Nous ne devons pas cependant nous faire d’illusion : si nous pouvons espérer un arrêt rapide des massacres et des destructions, la guerre va durer, et « gagner la paix » va prendre du temps.

Je rappelle souvent que l’agression russe ne se fait pas qu’avec du matériel militaire en Ukraine, mais également avec des moyens médiatiques et culturels au sein même de l’Union européenne. J’ai parfois le sentiment que la division de notre Union constitue également un objectif de guerre pour la Russie. Nous devons également nous défendre contre cela.

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Je me suis engagé en politique pour rendre ce qu’on m’a donné. Je suis né en Provence, ai grandi en Lorraine. Aujourd’hui encore, ces deux territoires continuent d’exercer sur moi leur empreinte. Mais ma vie personnelle et professionnelle (entrepreneur dans le public et le privé) est surtout marquée par les voyages et la rencontre avec l’autre (Cameroun, SaarLorLux, Lituanie, Pologne, Egypte, Europe Centrale et Balkans). Contrairement à la violence ou l’isolement qui sont mortifères, le conflit est nécessaire à la vie. C’est pourquoi j’ai souhaité me former à la médiation. C’est elle qui constitue le fil rouge de tout mon parcours de vie et professionnel. Dans le cadre de mon mandat, je veux continuer à être le député « pèlerin » qui, sans relâche, écoute, débat, tente de rapprocher les points de vue, pour l’intérêt commun.

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