Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,
Je vous adresse aujourd’hui ma quatre-vingtième lettre d’information mensuelle ! Alors, je cède au petit clin d’œil dans le rétroviseur pour remercier mon équipe, et ceux d’entre vous qui me sont fidèles dans le débat et l’engagement citoyen.
L’annonce de l’arrêt officiel du projet d’avion du futur (SCAF), ce mois-ci, a suscité de nombreux commentaires, souvent superficiels, voir excessifs. Or, nous sommes nombreux dans notre circonscription à comprendre que la coopération franco-allemande est beaucoup plus complexe et nuancée : elle se construit toujours à travers des essais, des paris, quelques échecs ou déceptions parfois, mais surtout de nombreuses réussites qui s’inscrivent durablement dans le paysage.
L’impasse du projet industriel de l’avion du futur, vu du terrain, m’inspire deux réflexions. Je pense tout d’abord que ce projet a techniquement été rattrapé par les retours d’expériences accélérés sur le front ukrainien. L’idée d’un avion de chasse devenant plateforme d’un système intégrant des drones, des systèmes avancés de surveillance et d’intelligence artificielle, ne pouvait qu’évoluer entre 2018/2019 et 2026. Quel rôle pour l’avion et le pilote ? L’exigence de fiabilité à 100 % de tous les composants du système est-elle toujours nécessaire ? Le délai de plus de dix ans entre conception et mise en service est-il encore adapté à la réalité du combat aujourd’hui ? Autant de questions que la guerre en Ukraine a imposé ; l’avion du futur aurait pu devenir l’avion du passé avant même d’avoir été achevé.
Au-delà de cet aspect technique qui aurait pu être dépassé si les équipes industrielles l’avaient réellement souhaité, nous nous sommes heurtés à une défiance entre les acteurs économiques. Si je reproche parfois à la diplomatie gouvernementale de ne pas suffisamment prendre en compte les sociétés civiles, dont le monde de l’entreprise est partie prenante, je ne considère pas pour autant que les gouvernements doivent imposer leurs décisions aux entrepreneurs. Dans le cas du SCAF, la remise en cause technologique du projet initial a effectivement révélé un refus de coopération entre industriels : ceci est de leur stricte responsabilité.
Je le regrette bien évidemment et les explications du partenaire français m’ont paru plus décevantes que celles du partenaire allemand. Bien sûr, le flou que le partenaire allemand entretenait sur ses dépendances et ses faiblesses dans le domaine des brevets et licences rendait les discussions difficiles, elles le sont toujours. Mais l’affirmation du partenaire français selon laquelle il pouvait « faire seul » me semble une erreur stratégique à moyen et long terme pour une entreprise de cette taille, relativement modeste à l’échelle des besoins futurs, quelle que soit l’avance revendiquée par le partenaire français aujourd’hui.
Fort heureusement, la coopération industrielle dans le domaine militaire continue au-delà de l’arrêt du SCAF. De nombreux projets franco-allemands sont en cours dans lesquels d’autres entreprises s’engagent, certes moins en pointe aujourd’hui, mais plus adaptées dans leur structure et leur stratégie, aux développements des années futures.





