Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,
Les événements du samedi 17 octobre en France nous ont tous marqués, déstabilisés parfois. L’incendie de la mairie de Limoges, et les images de saccages et de violences urbaines sont venus parasiter des manifestations légitimes, initiées souvent par les plus jeunes d’entre nous. Ces débordements les ont rendues inaudibles, pire, les ont parfois criminalisées dans un amalgame terrible.
Notre rendez-vous citoyen de lundi soir a été à la hauteur de notre sidération. Vous êtes venus nombreux (presque 200 inscrits), et votre participation a été riche, à l’oral comme dans le chat. Nous nous sommes écoutés, dans nos témoignages divers, dans nos opinions différentes et parfois opposées. Je vous remercie toutes et tous, en particulier mes opposants présents, d’avoir répondu aussi nombreux à mon invitation.
Quelques éclairages nouveaux de cette soirée m’aident à présent dans ma réflexion.
Tout d’abord j’ai relevé l’unanimité, portée bien évidemment par nos concitoyens habitant en Allemagne, sur la nécessité de faire évoluer en France la doctrine du maintien de l’ordre pendant les manifestations. Certains d’entre vous savent que c’est un sujet sur lequel j’ai alerté notre gouvernement depuis longtemps : nos voisins en particulier allemands montrent l’efficacité de méthodes rénovées, plus anticipatrices, plus en veille, adaptée aux nouvelles initiatives, aux réseaux sociaux…etc… Car une exigence doit rester au cœur de notre action : faire respecter à la fois l’ordre public et le droit fondamental de manifester. Ces deux principes ne s’opposent pas. Ils doivent pouvoir être garantis conjointement. Cela implique que chacun prenne ses responsabilités, que les violences soient condamnées et que la justice puisse établir les faits et sanctionner les infractions de manière équitable, dans le respect de l’État de droit.
Une autre idée qui a été extrêmement fréquente dans le chat, c’est celle de la nécessité d’une meilleure place accordée à l’éducation civique, afin que chacun puisse mieux connaître nos institutions, nos droits et nos devoirs. A plusieurs reprises pendant nos échanges, nous avons buté sur la question cruciale, qui dépasse largement la légitimité des différentes revendications (état des lycées, pouvoir d’achat, encadrement des manifestations…) : qui demande quoi à qui ?
Nous avons besoin de pouvoir nous appuyer sur une information fiable et de développer notre capacité collective à comprendre les événements et nos institutions. Et cela renforce aussi la nécessité évoquée par beaucoup d’entre nous d’un traitement médiatique proportionné des événements, qui permette de distinguer les faits, les revendications exprimées et les violences éventuelles, sans confusion ni généralisation.
Je retiens enfin une conviction essentielle : nous devons écouter, toujours. Écouter notre jeunesse, bien sûr, car elle est notre avenir et notre richesse. Comprendre ses attentes, ses inquiétudes et ses aspirations est indispensable si nous voulons construire un avenir commun. Nous devons aussi entendre celles et ceux qui manifestent leur colère et leurs préoccupations face à la baisse de leur pouvoir d’achat et aux difficultés du quotidien. Et nous devons aussi nous écouter, respecter les outils et les institutions qui nous permettent au-delà de nos divergences de préserver notre cohésion nationale, qui est une force plus essentielle que jamais : nous opposer, parfois, nous diviser, jamais !
Cette soirée a symbolisé notre volonté commune de ne pas céder au repli, de continuer à débattre et de faire vivre notre démocratie, de prendre le temps de partager nos réflexions et d’écouter celles des autres.
C’est une raison d’espérer.





